Alger ne vaut pas un veto

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Par 13 voix pour et deux abstentions, le Conseil de Sécurité a adopté mardi 30 avril la résolution sur le Sahara. Dans les deux lignes qui précédent il y a une bonne nouvelle, l’abstention de la Russie, membre permanent du Conseil. La seconde abstention, celle de l’Afrique du Sud se réduit dans ce cadre à son aspect anecdotique. Membre tournant, Pretoria aurait pu voter contre sans conséquence autre que de laisser paraitre son vote, dans cette adhésion massive à la résolution, pour ce qu’il est, une voix orpheline.   

Dès lors, Nasser Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, peut prendre ses aises et s’étendre dans une longue déclaration à expliquer pourquoi cette résolution « revêt une importance particulière [et] recèle une évolution qualitative ».

Derrière les mots qui disent ce bonheur, se trouve, paradoxalement, l’explication du vote russe. Intervenant devant l’honorable instance suprême de l’ONU, le représentant permanent de la Russie reproche aux Etats-Unis, porte-plume de la résolution, d’avoir opté pour un "langage vague et ambigu" qui peut être interprété comme une volonté "d’influer sur la direction du processus politique".  

En clair, pendant que la presse algérienne nous tannait la peau avec sa certitude que les Etats Unis étaient en train de lâcher le Maroc, Moscou fait grief à Washington de pencher pour l’approche marocaine au détriment des thèses algériennes, occultant à dessein que par la même occasion se sont 12 autres membres du Conseil de sécurité, dont trois permanents, qui ont voté cette résolution.

Il y a deux façons d’appréhender l’attitude russe : s’en tenir au texte de l’explication de son abstention et la percevoir comme une hostilité aux positions défendues par Rabat. Ou s’arrêter à son abstention et ne tenir compte que de sa retenue dans le recours, au grand dam d’Alger, à son droit de veto qui aurait bloqué la résolution.

Pour dire différemment les choses, si à une autre époque et pour d’autres raisons, Henri IV avait estimé que Paris valait bien une messe, Poutine n’a pas considéré qu’Alger vaut un veto.  

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