Chabat, 2M et Medi 1 TV

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Hamid Chabat et son parti ont décidé de saisir la Haute Autorité de la Communication Audiovisuel en prétendant que 2M, dans une partie de son journal, a cherché à nuire à l’image de l’Istiqlal et à son patron. Pratiquement le même grief est fait à Medi 1 TV dans son émission hebdomadaire Le Debrief  qu’anime Hanane Harrath.

Ayant participé au débat de Medi 1 TV, je suis donc concerné autant que la chaine qui m’a invité. Je le signale pour qu’il n’y ait aucune ambigüité à ce sujet.

Aux deux chaines, le chef de fil des istiqlaliens, du moins ceux qui se reconnaissent en lui, reproche l’absence d’un contradicteur de son parti et exige en conséquence un droit de réponse d’un temps égale à celui qui a été consacré au sujet.

C’est son droit et il ne viendrait à l’esprit de personne de le lui contester. Seulement le recours à ce droit en l’espèce participe d’une mauvaise appréhension de l’information, du débat et de l’animation audiovisuels.

Recourir dans cette affaire au dahir qui régit le fonctionnement de la HACA témoigne d’une méconnaissance, non seulement de sa lettre, mais de son esprit. L’alinéa 1 de l’article 3 qui définit les missions de la Haute autorité est on ne peut plus clair. Il dispose sans équivoque qu’elle doit veiller à la liberté de la communication audiovisuelle ainsi qu’à la liberté d’expression et à sa protection.

Mais au-delà de l’argumentaire juridique, ce qui transparait de cette plainte c’est une ignorance totale des débats des éditorialistes et de l’animation  audiovisuelle de la politique. Nulle part, sauf là où règne la médiocrité et la propension à l’absolutisme, le débat télévisé ou radiophonique n’est fait en présence des antagonistes politiques, économiques, culturels etc. Des émissions spécifiques et dédiées leur sont consacrées.

Il suffit de faire un petit tour du monde en zappant pour s’en rendre compte.

Au Maroc, à l’instar d’institutions similaires,  la HACA veille au temps de passage et à son équité entre formations de la majorité et celle de l’opposition. Pendant neuf ans j’ai fait partie des neuf sages du Conseil supérieur de la HACA. La quasi-totalité de ses décisions ont été fondées sur la liberté éditoriale des chaines.

Maintenant il se peut que les propos tenus à l’égard de Hamid Chabat n’ait pas été à son avantage. Mais est-ce la faute des commentateurs ? Est-ce la faute des commentateurs si Hamid Chabat, maire de Fès, a décidé d’y construire une mini Tour Eiffel et promis d’amener la mer à la capitale spirituelle du Royaume ? Est-ce la faute des commentateurs si le secrétaire général de l’Istiqlal a mal géré ses alliances préélectorales et mal administré ses positions et déclarations postélectorales. Est-ce la faute des commentateurs si l’un des successeurs d’un homme de la qualité de Mhammed Boucetta, en est arrivé aux mains avec un autre député dans l’enceinte parlementaire, image dégradante largement relayée par les réseaux sociaux ?

On peut continuer longtemps à énumérer les bévues et les gaffes de Hamid Chabat qui ont fait de l’Istiqlal une caricature de parti qui tire à hue et à dia sans jamais savoir où donner de la tête. Mais on n’en arrivera jamais à bout.

Il veut être contradicteur, mais jamais contredit. Il suffit d’oser pour passer en conseil de discipline qui n’a jamais autant fonctionné, sanctionné et suspendu que depuis l’arrivée de Chabat à la tête de l’Istiqlal. C’est tout dire.