Justice : Ce qui nous change des Laâbi et des Bouachrine

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Au procès de Gdim Izik, nombre d’observateurs internationaux louent les qualités professionnelles du juge président de la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Salé. Youssef El Aalkaoui, c’est son nom, avec son front qui entame une lente calvitie et ses cheveux qu’il laisse presque déborder sur ses épaules, sans sa robe de magistrat et de lourdes lunettes qui l’habille d’une gravité solennelle, passerait aisément pour un quadra qui entame son quinqua quasi dandy.

Les accusés de l’assassinat de plusieurs éléments désarmés des forces de l’ordre n’ont lésiné sur aucun moyen pour le pousser à bout. Ils ont nargué la Cour, provoqué l’accusation et les avocats des victimes, injurié les témoins, finissant par boycotter les séances du tribunal. Peine perdue.

Le juge aurait pu les contraindre à assister. Il n’en a rien fait poussant sa hauteur jusqu’à envoyer, à la fin de chaque séance, le greffier à aller leur lire dans leurs cellules les minutes du procès.  Acte qu’ils chahutent évidemment.

Pendant ce procès, mais aussi dans le déroulement des poursuites engagées contre les meneurs de la contestation à Al Hoceima, on a pu également voir des procureurs du Roi monter au pupitre faire le point de la situation avec les médias et l’opinion publique.

Ce ne fut toujours pas le cas et cela nous change des magistrats renfrognés qui croient que la dignité de leur fonction réside dans la confusion entre hauteur et attitude hautaine.  

Quelque chose est-il en train de changer dans le fonctionnement de notre justice ? Il faut l’espérer même si l’on sait que la mue prendra encore du temps. Mais déjà on est à mille lieues des juges médiatiques qui ont sévi dans les années 70 dont les phares avaient pour noms Laabi et Bouachrine.