Le flou algérien

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Après l’arrestation de Saïd Bouteflika et des anciens généraux du DRS (sécurité intérieure et extérieure), le placement de la trotskiste Louisa Hanoune sous mandat de dépôt pour vraisemblablement les mêmes chefs d’accusation, atteinte à l’autorité de l’armée, s’est créé en Algérie une drôle de situation d’attente sous tension. 

Les poursuites engagées contre la secrétaire générale du Parti des Travailleurs ont été perçues pour ce qu’elles sont : un message clair en direction des figures de l’opposition qui, à l’instar de Saïd Saadi ou d’un Alli Benflis, se refusent à l’adhésion au plan mis exécution par le haut commandement de l’armée pour se maintenir au pouvoir en réinventant les artifices qui lui ont permis depuis 1962 de monopoliser la décision et la gestion de l’Etat.

Ces deux composantes du pouvoir, la présidence et les réformés du DRS qui ont tenté de nouer une nouvelle alliance, désarticulées par l’arrestation de ses patrons et de leur mauvais génie, le haut commandement de l’armée a déplacé le cursus pour le positionner sur les têtes qui dépassent dans cet hétéroclite mouvement de contestation du système en place, histoire debien montrer qui est le maitre du jeu.

Depuis l’arrivée de Abdelaziz Bouteflika à la présidence en 1999, l’armée a fait vivre l’Algérie dans l’illusion, consentie, qu’elle avait réintégré ses casernes après avoir sauvé le pays du péril vert.

La prétention à un cinquième mandat a tout fait foirer. La succession des évènements depuis le 22 février l’a poussée, presque à son corps défendant, à sortir du bois. Et même si cette posture d’enfin patron de l’Algérie qui lui est tombée sur la tête en se trouvant au bon moment au bon endroit, n’est pas pour déplaire au général Gaïd Salah, l’armée aurait bien aimé continuer à vivre dans le travestissement.

Or, voilà le pouvoir militaire, pour avoir été trop attentiste dans le règlement de la succession de Abdelaziz Bouteflika, dans l’obligation d’évoluer en terrain découvert, une situation des plus déplaisantes pour un militaire.

Officiellement le haut commandement de l’armée s’en tient à la constitution tout en la bafouant chaque jour que dieu fait. Officiellement encore, il s’en tient à l’élection présidentielle programmée pour le 4 juillet alors même qu’il sait pertinemment qu’elle est infaisable.

Abed Charef, journaliste et écrivain algérien, au cœur de l’actualité depuis les émeutes d’octobre 1988, souligne dans un article publié par TSA, qu’en fin de semaine s’achévera le délai de dépôt des candidatures sans qu’à ce jour aucun postulant sérieux n’ait annoncé son intention de déposer son dossier auprès du Conseil constitutionnel. Et il est peu probable que quelqu’un d’une stature acceptable s’y hasarde.

L’auteur de cette tribune croit que le moment pour l’armée de dévoiler son plan B approche à grands pas. Il ferait voler en éclat une constitution déjà victime de viols à répétition ainsi que le système dont elle est orpheline. Seulement, en dehors de permettre à l’armée de se débarrasser d’une constitution et de ses dispositions tout en en se faisant passer pour  celui qui en a été le sourcilleux défenseur, la phase de transition qui s’ouvrirait ainsi demeure floue et ouverte sur tous les scénarios.