Le makhzen existe-t-il à Berkane ?

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Je vais finir par prendre au sérieux les blagues oujdies sur le melon creux des Berkanis.

Ce dont je vais parler a l’air anodin. D’apparence, seulement. 

Sur les réseaux sociaux, une vidéo circule. On n’y voit pas le visage de son héros, mais on l’entend se vanter d’être l’épurateur de Berkane et nous invite autant que nous sommes à le prendre pour modèle et à le reproduire à l’infini au Maroc.  

Il se présente comme le président d’une association, arrahma (miséricorde), ça ne s’invente pas. Il nous montre une vieille mendiante qu’il nous dit peut-être âgée de 80 ans.  Ce négatif de Don Diego de la Vega des temps égarés, a pour épée une caméra et s’attaque aux pauvres pour protéger les riches bienfaiteurs victimes de la perfidie de cette mendiante riche d’un million.  Malyoune selon son expression. Malyoune de quoi ? De dollars, d’euros, de lingots d’or ? Il ne nous en dit rien, mais on comprendra du déroulement de la vidéo qu’il s’agit d’un million de grains de sable. Un million de centimes, 10 mille dhs.

Ce qu’il reproche à cette crève la faim crève le mur de l’indécence : Une gueuse qui a pu épargner 1 million de centimes, le prix d’un linceul et un trou de six pieds dans un de nos cimetières anarchiques et malpropres, c’est tout simplement un scandale.

Il est connu le mythe des mendiants qui dorment sur des fortunes, fondés sur quelques cas exceptionnels. Mieux connu encore, sauf à Berkane peut-être, l’océan de misère d’une large frange de notre société. 

Le problème n’est pas là toutefois. 

Il est plutôt dans notre Zorro à l’envers qui soumet la pauvre hère à une fouille corporelle, viole, au sens juridique, l’intimité de la loque qui lui sert de jellaba et lui apprend qu’il allait l’accompagner à la gare routière la sommant de quitter la ville : « Je ne veux plus te voir à Berkane ! ». 

A l’entendre, le milicien de Berkane n’en est pas à son premier essai.

Les gens partagent, donc approuvent. Je reste songeur. Même dans les mauvais films du Far West, quand l’humanité n’avait encore aucune idée de ce que c’est un Etat de droit, qu’aucune constitution ne garantissait à ses citoyens la libre circulation, qu’aucune protection n’était opposable à la perquisition, laissant à celui qui tire plus vite que son ombre le soin de faire la loi, il revenait tout de même au chérif de la contrée de chasser de sa cité ceux qu’il jugeait indésirables.