Les comptes de la Cour des comptes

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En 2012, Driss Jettou est nommé président de la Cour des comptes. Auparavant, cette juridiction financière créée en 1979 pour succéder à la commission nationale des comptes mise en place en 1960, était une institution plus ou moins fantomatique.

Aux apparences aussi évanescentes que l’Inspection Générale des Finances (IGF) qu’on ne savait pas à quoi elles servaient, sinon à garnir de ses rapports les étagères de l’ex-puissant ministre de l’Intérieur Driss Basri qui s’en servait pour tenir en laisse l’administration marocaine.

Driss Jettou y est arrivé avec la réputation d’un ancien premier ministre dont on disait qu’il n’avait pas d’égal dans l’histoire du Maroc indépendant. Efficace et efficient. Dès son installation, il donna de l’épaisseur et de la consistance à l’honorable institution.

Le premier rapport, 2003 – 2004, rendu public, fit sensation et le bonheur de la presse et des voyeurs toutes catégories confondues. Il attisa aussi la méfiance et la crainte, c’est selon, de tous ceux susceptibles de tomber dans son broyeur.

A partir de là, la publication des rapports de la Cour est devenu un rendez-vous régulier aux effets pavloviens sur les médias. Une douzaine de rapports sans compter différents autres rapports sectoriels, catégoriels ou circonstanciels, sont à mettre à l’actif de Driss Jettou et de ses limiers.

La moissonneuse-batteuse de la Cour a, année après année, sérié les défaillances, les insuffisances, les faiblesses, les carences, les usages à mauvais escient, les dépravations… de l’administration et des entreprises nationales. Jamais aucune n’a mérité un satisfécit. Mais ce n’est pas le rôle de la Cour de dire ce qui va, sa mission est de mettre le doigt là où ça fait mal.

Peu importe si dans la foulée elle a fait une tradition d’une interrogation « journalistique » quasi inquisitoire: Les hommes de Jettou (on imagine des videurs aux gros bras) vont-ils faire tomber  tel ponte ou tel baron ?

Ce faisant, Driss Jettou avec les félicitations du jury et la mention excellent a fait son travail. Mais n’est-il pas lui aussi redevable de comptes, d’un bilan d’étape, pour nous dire quel impact ont eu ses rapports sur le fonctionnement de notre Etat ?