Mauritanie : le plus dur est à venir

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Sans surprise, les autorités électorales ont proclamé le candidat du pouvoir vainqueur de la présidentielle mauritanienne. A ne pas en douter, Mohamed Ould El Ghazouani, général à la retraite et ancien ministre de la Défense, sera le premier président, depuis 1978, à ne pas être issu d’un coup d’Etat.

Sans surprise non plus, l'opposition a rejeté les résultats, exigeant leur publication "bureau par bureau" et déclarant d’ores et déjà qu’elle va recourir à la rue, dans les limites de la légalité, pour la tenue d'un second tour, élégance que le pouvoir, en dépit de son souci de se payer une bonne image, n’a pas eue.

Sans surprise encore, sauf soulèvement populaire, peu probable, à l’Algérienne ou à la soudanaise, l’opposition n’aura pas gain de cause et devra faire contre mauvaise fortune bon cœur et se contenter de ce qui a déjà été pris.

Et ce qu’elle a gagné n’est pas mince : Le président sortant Mohamed Ben Abdelaziz n’a pas cédé aux démons du sous-développement et n’a pas été tenté de tripoter la constitution pour se maintenir au pouvoir. De même, les autorités électorales se sont limitées à la proclamation de scores électoraux humains. Un peu plus de 66% de taux de participation et une élection du nouveau président à 52%.

L’absence d’observateurs étrangers, telle l’Union Européenne et ONGs affiliées, habitués à l’immixtion dans ce type de processus pour attester de sa probité, apportera de l’eau au moulin de l’Alliance électorale de l’opposition. Mais l’essentiel a été acquis : introduire un début changement et faciliter une alternance pacifique au pouvoir fût-ce entre ‘’bons copains’’ de sa composante.

Depuis la destitution par un putsch de son président fondateur de 1961 à 1978, Mokhtar Ould Dadda, la Mauritanie n’a plus été qu’une zone de turbulences et risque de l’être encore d’autant plus que la découverte d’importantes réserves de gaz aux frontières mauritano-sénégalaises, n’apportera certainement pas que de la prospérité.

Raison majeure, pour des gens doués de bon sens, pour que les forces vives du pays aient conscience qu’elles ont tout intérêt à collaborer pour éviter à leur pays les malheurs que les richesses du sous-sol attirent sur les pays faibles et à faire face ensemble aux convoitises des puissances qui ne manqueront pas de souffler sur les braises.