Ni serviteurs de l’Etat ni journalistes ne sont au-dessus de tout soupçon

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Le ministère de l’Intérieur a déposé plainte contre le directeur de publication d’un site électronique, Hamid El Mahdaoui, « suite à la publication par ce dernier d’une vidéo comportant, selon l’avocat du ministère, un flot d’accusations de corruption et de propos portant atteinte à la dignité du ministre ».

Quoi de plus normal. De la même manière qu’un journaliste passe son temps à crier qu’un ministre est un justiciable comme un autre, même si dans les textes c’est une modalité à part, un ministre est en droit de considérer qu’un journaliste est un justiciable comme un boucher qui vend de la viande avariée ou un chauffard qui grille des feux rouges trois à la suite, provoquant toutes sortes de dégâts.

C’est l’application d’une saine devise : ni les serviteurs de l’Etat ni les journalistes ne sont au-dessus de tout soupçon.

Ce qui, par contre, n’est pas normal, c’est que le ministre, via son avocat, se croit dans l’obligation de justifier son action. « Comme tout autre administration marocaine, plaide la défense en anticipant reproches et griefs, [l’Intérieur] est en droit de déposer plainte s’il fait l’objet d’offense, d’injures et de diffamation. » Il précise également sans qu’on ait besoin de le lui demander que  « le recours à la justice est un comportement civilisé et que tout citoyen, quel que soit son rang, est en droit de demander à être rétabli dans ses droits ». Amen.

Mais pourquoi ne serait-ce pas normal, me diriez-vous ? Parce qu’un acte qui va de soi, ne va pas forcément mieux en le disant. Il peut même s’en retrouver dégradé. Et c’est le cas dès lors qu’en justifiant ce qui n’a pas besoin de l’être, le ministre se met en position défensive. Donc de faiblesse.

En même temps on peut retenir le versant lumière de l’affaire. Dans une autre vie, on ne s’attaquait pas à l’Intérieur, et si l’on osait, l’Intérieur ne poursuivait pas, il appliquait sa propre loi, celle de la jungle.

Entre ces deux extrémités, poursuivre en se justifiant et broyer sans aviser, on mesure combien le Maroc a  évolué. Et n’a pas évolué. L’hésitation et le scepticisme dans ce qu’est le Maroc aujourd’hui et d’aujourd’hui, cesseront pour basculer dans la plénitude de la civilisation dont parle l’avocat, le jour où le normal deviendra normalité. Voire banalité.