Une question innocente

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L’enseignement va mal, rendons le payant ! L’idée n’est pas nouvelle. Il fut un moment où elle a effleuré l’esprit de Hassan II. Dans sa sagesse, il l’a abandonnée. La voici de retour dans une confusion qui ne permet pas de distinguer ses hérauts des réticents.

Omar Aziman, président du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, un homme tempéré et pondérateur, est catégorique. Dans un entretien avec L’Observateur du Maroc et d’Afrique a, du moins en apparence, tenté de lever toute équivoque : « Connaissant l’étendue […] de la pauvreté dans notre pays, nous n’allons pas supprimer la gratuité. »

C’est rassurant. D’autant plus que le conseiller royal  assure « que le premier fondement de la réforme c’est l’égalité des chances ». Malheureusement, c’est une égalité des chances qui, depuis belle lurette, n’existe plus dans les faits.

Pour ne parler que du primaire et du secondaire, il y a au Maroc trois écoles : La publique laissée à l’abandon, la privée dans laquelle se sont réfugiés tous ceux qui ont plus ou moins les moyens de débourser et la mission française, accessoirement américaine, dédiée à la reproduction endogamique des élites.

Que reste-t-il ? Une piste, nous dit Omar azziman, libre au gouvernement de la suivre ou de s’en détourner : Assurer la gratuité de l’enseignement obligatoire qui mène jusqu’à la fin du collège, et ouvrir pour l’après, d’une façon ou d’une autre, les vannes au payement.

Il faut dire que la trouvaille est géniale, surtout lorsque l’on sait que tous ceux qui ont les moyens de payer, et une bonne partie de ceux qui n’en ont pas mais se saignent, sont déjà allés voir ailleurs que du coté du public.

Cela fait plus de quarante ans que l’on glose sur la triste situation de l’enseignement marocain sans vraiment arriver à le libérer du mauvais sort sisyphien qu’on lui a jeté: comment avec beaucoup d'argent, le quart du budget national, et toute la bonne volonté du monde, on a réussi l'exploit de mettre en place un circuit implacable de reproduction de la sous-formation ?

Il est donc vain d’en rajouter. Mais on ne peut s’interdire une question bête sans être méchante : Dans le monde du savoir infini d’aujourd’hui, qui a décrété que l’enseignement obligatoire doit rester au stade du collège ? Alors que souvent avec des doctorats on se retrouve en présence d’illustres ignorants !