Algérie, l’obsession marocaine

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Depuis quatre semaines, l’Algérie vit au rythme d’évènements majeurs qui sont en train de conditionner, si ce n’est, en cas de dérapage, d’hypothéquer son avenir. Massivement, le peuple algérien, à l’occasion de la candidature de Abdelaziz Bouteflika pour un cinquième mandat, rejette le système en place. Que de ce côté ouest du Maghreb, on suive avec sympathie ou avec désapprobation, les manifestations qui se déroulent dans ce pays, c’est d’abord, en amont et en aval, une affaire algéro-algérienne. Le ministre marocain des Affaires étrangères vient de le réaffirmer dans une déclaration qui ne souffre ni l’équivoque ni le malentendu : « Le Royaume du Maroc a décidé de se tenir à une attitude de non-ingérence par rapport aux récents développements en Algérie, et s’est abstenu de tout commentaire à ce sujet ».

La position marocaine se passe de commentaire, mais on ne peut s’empêcher, pour comprendre ce dont il retourne, de sacrifier à la forme la plus ridicule des évidences en revenant à quelques truismes.

Premier  truisme : l’Algérie est pour le Maroc un pays voisin et les deux pays partagent plus de 2000 kilomètres de frontières.

Deuxième truisme : l’Algérie est un Etat qui compte dans la région. C’est dire que tout ce qui s’y passe peut affecter positivement ou négativement le Maroc, mais aussi la Tunisie et la Lybie, mais encore la Mauritanie, le Mali et le Niger, de la même manière qu’il aura indifféremment des incidences sur toute l’Afrique subsaharienne et sur le sud de l’Europe.

Troisième truisme : Un long passif court entre Rabat et Alger depuis 45 ans. Il porte un nom en trois syllabes : SAHARA.

Dès lors il est tout-à-fait dans l’ordre normal et naturel des choses que le Maroc suive avec beaucoup d’intérêt et une extrême vigilance l’évolution de la situation en Algérie, essayant autant que faire se peut d’anticiper les différentes probabilités sur lesquelles pourraient déboucher les évènements qui s’y déroulent.   

Ceux qui seraient incapables de pareille extrapolation géopolitique n’ont qu’à revisiter l’histoire de la guerre de libération algérienne pour revérifier comment elle a impacté l’évolution interne du Maroc aussi bien que ses relations internationales. N’est-il pas d’ailleurs très révélateur que plus de 60 ans plus tard, certains manifestants algériens n’ont rien trouvé de mieux pour disqualifier le président candidat que de l’affubler de la nationalité marocaine qui, soit dit en passant, se mérite.

Ceci étant, suivre vigilamment une situation aux conséquences imprévisibles est une chose. S’y immiscer, l’attiser, la manipuler en est une autre. C’est pourtant vers cette fiction qu’a abondé une certaine presse algérienne, parfois étrangère, en s’appuyant sur des sources fantomatiques prêtant au Maroc des manipulations fantasmagoriques et des coordinations douteuses avec des pays étrangers, notamment la France. Et peu importe si Paris est mis au banc des accusés par les opposants au régime, qui ont vu dans les déclarations du gouvernement français un soutien à Abdelaziz Bouteflika. Il faut croire que ce n’est  pas le souci de la cohérence qui étouffe ceux qui considèrent encore que les assertions les plus abracadabrantesques peuvent encore berner les Algériens qui n’y prêtent aucune attention. Mais depuis le report des élections et la prorogation du mandat présidentiel comme antalgique, il est clair que l’imagination n’est plus au pouvoir en Algérie, mais dans la rue.