Algérie : L’art de transformer les atouts en handicaps

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Alger comme Rabat ont regretté, à des degrés d’amplitude différents, la démission de Horst Köhler de sa mission de représentant du secrétaire général de l’ONU au Sahara. Avec le départ de M Köhler, c’est le énième représentant personnel que l’affaire du Sahara épuise sans que le pouvoir militaire algérien bouge d’un iota ou tire la moindre leçon de l’inanité nocive, pour son pays d’abord, de ses choix.

En dépit d’un pays en ébullition maximale, une bonne partie de la presse algérienne, actionnée par une source qui ne dit pas son nom mais qu’on devine aisément, a trouvé un créneau pour imputer les raisons de la démission de M. Köhler à autre chose que l’état de sa santé, cet autre chose étant bien évidemment le Maroc.

La diplomatie marocaine s’est abstenue de ne pas croire, même en off, aux raisons invoquées par M Köhler, cependant qu’elle pouvait bien estimer que l’incertitude dans laquelle est en train de s’installer l’Algérie est pour beaucoup dans cette démission inattendue.

L’ancien président allemand est un homme aguerri qui sait pertinemment qu’avec le Maroc, l’Algérie est la pièce maitresse dans toute solution de ce conflit, et politicien suffisamment avisé pour comprendre que dans l’étape actuel il lui est impossible de trouver à Alger un interlocuteur valable. De la première table ronde à Genève en décembre dernier à aujourd’hui, il a eu affaire à trois ministres des Affaires étrangères : Abdelkader Messahel, Ramtane Lamamra et l’actuel dont presque personne ne retient encore le nom.

Que le secrétaire général de l’ONU désigne rapidement ou pas un successeur à M Köhler, ce n’est pas dans la conjoncture actuelle qu’il trouvera du coté algérien quelqu’un à qui parler sérieusement. De même qu’il n’y a personne à cette heure pour se risquer à parier sur une amélioration des relations maroco-algériennes tant que les militaires ne changeront pas leur fusil d’épaule.

Mais pour qu’Alger adopte une approche plus réaliste des relations intermaghrébines, il faudrait qu’il procède auparavant à une révision profonde des options stratégiques que l’Algérie s’est donnée au lendemain de sa création.

Or, rien n’est moins sûr.

Pas plus tard que le 5 mai, le site algériepatriotique, propriété de Khaled Nezzar, général à la retraite mais encore consulté et écouté par l’armée, publiait un article d’orientation diplomatique aux gouvernants que les évènements en cours dégageront. Le texte s’en prend principalement à la France qu’il faudrait en quelque sorte domestiquer. Mais une bonne partie des reproches fait à Paris est en rapport avec le Maroc et le Sahara.

La diplomatie de la conflictualité

Le général écrit ou fait écrire que « c’est avec une douloureuse amertume que nous devons admettre que notre pays […] qui dispose de tous les attributs de la puissance, est devenu ‘’ce géant qui a peur de son ombre’’». Il en conclut qu’il était « impératif [pour l’Algérie de se] donner les moyens d’assumer et d’imposer [son] statut de puissance régionale et d’Etat pivot […] ».

Etat pivot, le mot est lâché. C’est ce concept, réadaptation de l’Algérie prussienne chère à Houari Boumediene, que l’on retrouve, quand on débroussaille le champ des rapports maroco-algériens, à l’origine de son bras de fer avec Rabat. C’est lui qui induit aussi sa course effrénée à l’armement sacrifiant annuellement le quart de son budget qu’elle aurait été mieux inspirée de consacrer à son développement. L’obnubilation d’un quarteron de généraux pour un rôle de puissance régionale leur a fait oublier l’essentiel : le bien être des Algériens qui battent aujourd’hui le pavé.

Quand Khaled Nezzar écrit ou fait écrire que son pays « dispose des attributs de la puissance », il n’a pas tort. Un vaste territoire, un sous-sol immensément riche et un peuple patriote, capable, lorsqu’on lui en laisse la latitude, de créativité et de génie, qualifient l’Algérie au rôle de puissance régionale écoutée et respectée. Encore fallait-il faire le choix du rayonnement économique qui aurait fait d’elle un pôle attractif, voire courtisé.

L’erreur des généraux a été de croire que la puissance passe par l’affaiblissement des potentiels partenaires et par l’arsenal militaire, périssable et destructible à tout moment soit dit en passant, au point d'en faire l’outil exclusif leur diplomatie de la conflictualité.

Chemin faisant, le surarmement, devenu un puits de ristournes et de commissions, a vicié le corps militaire et gâté son rapport à la société, si bien que le comportement de la nomenklatura qui gouverne l’Algérie est devenu synonyme de l’art de transformer les atouts de son pays en handicaps.