C’était Omar El Anouari

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Seuls les gueux briscards, en live pour le dernier départ, connaissent vraiment le Noiret et son rôle dans la presse marocaine

Je l'appelais le Noiret et il a travaillé avec moi plus d'une dizaine d'années. Je savais qu'il avait plusieurs cancers diagnostiqués tardivement mais je n'ai pas eu l'information en temps. Omar est mort la veille de l'aïd. Paix à son âme.

Seuls les gueux briscards, en live pour le dernier départ, connaissent vraiment le Noiret et son rôle dans la presse marocaine. Issu du quartier populaire de Yacoub El Mansour à Rabat, sans diplôme aucun il réussit à intégrer la rédaction de l'Opinion, alors premier quotidien francophone au Maroc.

Très rapidement il dépasse le journalisme sportif, Pour écrire dans toutes les rubriques. Totalement bilingue, il va s'illustrer dans plusieurs publications. Ce que peu de gens savent c'est qu'il avait un rendement exceptionnel. Quand il collaborait avec moi, chaque fois que j'avais des pages à remplir, à quelques jours du bouclage qu'elle que soit la rubrique c'est le Noiret qui s'y collait. Il me donnait des copies propres, d'une qualité honorable. C'était un stakhanoviste mais talentueux parce qu'il possédait une grande culture qui lui permettait d'embrasser tout les sujets, qu'il avait aussi une grande disponibilité, et qu'il rédigeait avec une facilité peu commune, que seuls les très grands journalistes possèdent. Quand on met huit heures à rédiger 2000 signes, on bloque la machine et on ne peut se prétendre grand journaliste.

Il y a l'homme, l'image que l'on garde de lui c'est l'alcoolo m'l fagoté, loin d'être soigneux. C'est injuste parce qu'il était capable d'humanité, qu'il s'occupait à merveille de sa famille et qu'il était fidèle en amitié. D'une extrême générosité avec les autres, ce qui sur le plan financier dépassait les limites du raisonnable.

Le Noiret était ainsi fait, il n'a jamais cherché à vendre un personnage, à cacher sa nature. Par contre, que ce soit dans la presse écrite, à la radio, où plusieurs années il a dirigé MFM, les professionnels savent qu'il était compétent, hyper utile dans une équipe. Tout cela sans jamais créer de problème d'ego. Le Noiret n'en avait pas.

Il regardait sa vie, ses transgressions multiples avec beaucoup de distance. Quand ses amis le traitaient de SDF Du journalisme, il prenait cela avec humour. Ces dernières années, il a acheté une maison et voulait apparemment se stabiliser. La maladie puis la faucheuse ne lui ont pas laissé le temps. C'était un coéquipier très efficace, utile mais aussi un être très chaleureux. C'était un type bien, qui gérait ses défauts en veillant à ce qu'ils n'impactent ni son travail ni ses relations humaines. La presse marocaine à perdu un homme qui n'a jamais été reconnu à sa juste valeur, Sauf peut être à ses débuts. Je suis fier de l'avoir côtoyé pendant des années. Il était, Il est mon ami