Dans l’attente que des jeunes officiers renversent la table

5437685854_d630fceaff_b-
171
Partager :

Depuis 22 vendredis qu’un vent de liberté souffle sur le peuple algérien. Il y a eu des jours de prière où l’on a compté 20 millions d’Algériens dans les rues pour demander gentiment, vraiment gentiment, au régime et à ses figures les plus emblématiques de céder la place à une deuxième république. Instruits et échaudés par une guerre civile de dix ans qui a fait selon les estimations les plus basses plus de 200 mille morts, les Algériens ont désarmé l’armée en voulant leur mouvement pacifique. On a vu fleurir une révolution qui avait beaucoup d’humour et dansait sur une réinvention maghrébine d’un Hymne à la joie.

Insensibles à la musique autre que celle qui fait marcher les gens au pas, la hiérarchie militaire a cru un moment qu’une prorogation du mandat à la présidence de celui qui a fini par dévoiler son vrai visage d’usurpateur, Abdelaziz Bouteflika, suffirait au bonheur d’un peuple qui avait soif de liberté. Dans sa suite, on a assisté à une chaine d’artifices et de concessions qui n’en sont pas, pour détourner les regards de la nébuleuse qui gouverne l’Algérie et s’enrichit indûment de ses colossales ressources. En vain.

Cent fois sur le métier remettant son ouvrage, le peuple algérien, chaque vendredi que fait Dieu depuis cinq mois, signe et persiste. De la même manière, sur un ton moins joyeux, les militaires persistent à vouloir rouler la contestation dans la farine, habitués qu’ils sont à tromper leur monde. Valsant entre caresses dans le sens du poil et froncements des sourcils, désarmés, parce que la conjoncture leur interdit le recours à la force, ils misent sur le temps.

Mais le temps, c’est ce que l’Algérie est en train de perdre. Les généraux qui ont dépouillé les Algériens de leurs biens, ne rechignent pas à les déposséder de ce qu’il leur reste de plus les cher, les jours qui s’égrènent. Dans ce déroulement inédit par sa longévité, personne n’ose plus s’aventurer à prédire les sorties de crise. Les Algériens, dans les tréfonds de leur conscience, savent que le mal dont souffre leur pays, ce n’est ni Abdelaziz Bouteflika ni son frère, prête-noms de l’usurpation écartés de la circulation, mais l’armée qui tente de leur faire croire qu’elle est là pour préserver l’Etat et sauvegarder l’Algérie.

De façon égale, les Algériens savent que rien n’est possible sans cette même armée. C’est cette double conscience paradoxale qui explique, voire justifie, l’enlisement de ce rituel que sont devenus les vendredis algériens. Si bien que sans le dire, c’est des militaires que le pays attend le salut. Le slogan fétiche de la contestation, « le peuple et l’armée khawa-khawa », n’est rien d’autre que l’expression de cette attente implicite de voir une jeune génération d’officiers, moins corrompus, renverser la table sur la vieille garde, dont le général Gaïd Salah est une caricature vivante, pour conduire l’Algérie vers d’autres rives.