Des armes au diner

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L’Arabie Saoudite, a confié à l’Espagne en juillet dernier la construction de cinq corvettes. Pour tromper l’attente, Ryad a demandé quelques amuse-gueules : 400 bombes. C’est alors que surgissent les clowns

L’inspiration m’est tombée sur la tête en lisant la contestation par une organisation non gouvernementale de la livraison d’armes italiennes à je ne sais plus quel pays, probablement, voire fort probablement l’Arabie Saoudite. L’ONG au cœur tendre a dans son porte-documents un argument béton. La loi italienne 185/1990. Elle interdit rigoureusement les exportations d’armes vers les pays impliqués dans des conflits armés. L’Italie, mais elle n’est pas la seule, a inventé avec ce goût pour le comique qui lui est ancestral des armes qui ne doivent se trouver que dans des endroits où on ne s’en sert pas. La logique la plus commune induit une question : Pour en faire quoi, des spaghettis Bolognaises ou pour les friands de pizzas, une quatre saisons ? Je ne le savais pas, mais burlesque est un mot d’origine italienne, il vient de burlesco qui a certainement donné Berlusconi, le chef de gouvernement le plus drôle qu’ait connu l’Italie depuis la chute de l’empire romain. Le burlesque aux accents chantonnant de la botte a beaucoup inspiré les arts, le théâtre notamment, registre idoine pour une pièce dont le pitch mettrait en scène un marchand d’armes ambulant vendant à un passant dans une venelle cachée des regards un fusil, lui spécifiant de ne pas s’en servir pour faire la guerre, mais l’amour. L’amour, avec un fusil, un fusil à la place de… Heureusement que le théâtre permet à l’auteur de se réveiller à n’importe quel moment et c’est à cet instant qu’il saute du lit pour éviter à la comédie humaine de devenir par désenchantement tragédie du même nom.         

Mais il n’y a pas que les Italiens qui ont de l’humour. Les Espagnols non plus n’en manquent pas. Surtout quand un big contrat touchant au matériel militaire de 1,8 milliard d’euros se retrouve en danger de résiliation.

Je ne sais plus si c’est l’Arabie Saoudite, fort probablement l’Arabie Saoudite, a confié à l’Espagne en juillet dernier la construction de cinq corvettes. Pour tromper l’attente, Ryad a demandé quelques amuse-gueules : 400 bombes à guidage laser pour le modique pourboire de 9 millions d’euros et des poussières, croyant que qui peut le plus peut le moins. Eh bien non, le commerce des armes a des logiques que la logique ignore. Je ne sais quelle mouche a piqué les Espagnols, mais Madrid qui a pour premier client l’Arabie Saoudite en dehors de l’OTAN et de l’UE, s’est découvert subitement l’âme d’une Sainte-nitouche. Il  se pourrait, commençaient-on à chuchoter dans les alcôves politiques des Bourbons ibériques, que ces bombes de haute précision fassent au Yémen des dégâts collatéraux, nom d’emprunt donné par les commerciaux des armes aux civils qui meurent sous les bombes un peu partout dans le monde. Dans son palais à Ryad, le roi Salmane, malgré son âge avancé, et son fils dont les initiales, MBS, résonnent comme le nom d’un missile sol-sol, apprécient la plaisanterie à sa juste valeur. Ils en rient encore aux larmes. Très bien, il n’y a pas d’hors d’œuvre, il n’y a pas de commande. Le complexe militaro-politique madrilène en perd le sommeil, qui voit 1,8 milliard d’euros se transformer en châteaux de sable en Espagne. La ministre de la défense tente de calmer les inquiétudes. Devant une commission sénatoriale, elle déclare le plus sérieusement du monde : les deux commandes «n’ont rien à voir l’une avec l’autre» et «l’Arabie Saoudite est un pays sérieux dans ses relations commerciales.»  Sérieux, si sérieux, très sérieux même qu’elle a eu ses bombes et risque pour rire d’annuler tout de même le gros du marché.