Elections : la France déboussolée

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La question des protections sociales est prépondérante. Le modèle français souffreteux est la pierre angulaire des débats. Entre ceux qui veulent le détricoter et ceux qui aspirent à le remplacer c’est un vrai clivage

Une élection très indécise, puisque quatre candidats peuvent accéder au second tour, ne suscite que des commentaires qui ont plus à faire avec la communication qu’avec la politique réelle, celle qui intéresse les gens.

L’idée européenne est d’abord la première question au centre de cette campagne. Les journalistes et les commentateurs font semblant de l’oublier. Or, Le Pen, Mélenchon, les petits candidats qui font 10%, Benoit Hamon, dénoncent les traités européens, cela fait 56% des intentions de vote. Macron et Fillon promettent de renégocier eux aussi. L’Europe, la commission européenne, sont au centre de toutes les critiques.

La puissance de l’identité n’est pas au centre de la campagne. Ni Le Pen, ni Fillon n’ont réussi à l’imposer comme thème central. Et pourtant elle traverse une société en pleine crise.

La question des protections sociales est prépondérante. Le modèle français souffreteux est la pierre angulaire des débats. Entre ceux qui veulent le détricoter et ceux qui aspirent à le remplacer c’est un vrai clivage. Enfin la position de la France sur l’échiquier international est fortement présente dans la campagne.

Vu toutes ces pressions, ce pays est largement fracturé. Quel que soit le gagnant, il risque de ne pas avoir de majorité parlementaire. Pour la première fois dans la cinquième république, le président élu devra composer avec une cohabitation soft.

Les institutions ne répondent plus aux aspirations d’un peuple très politisé. La France va tout droit vers une instabilité institutionnelle. Cette instabilité n’est pas une très bonne nouvelle quand  on connait les problèmes de compétitivité du pays.

Maintenant il faut aussi mesurer un facteur extraordinaire. Les analystes, à la noix de coco, ont tous annoncé la mort de la gauche. Entre Mélenchon, Hamon, Poutou, c’est le tiers des intentions de vote. Le vote protestataire n’est pas seulement au FN. Si on additionne les deux, le FN et la vraie gauche, on est face à la majorité.

C’est cela le défi de la France, comment réconcilier l’Europe, le libéralisme avec une population qui souffre ? Les certitudes du genre plafond de verre pour Marine Le Pen, vote utile pour Macron sont de véritables illusions. Le peuple français ne se résume pas à des sondages qui se trompent tout le temps.