Erdogan, le début de la disgrâce

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Jamais des élections locales n’ont eu autant d’impact politique que celles qui se sont déroulées en Turquie dimanche dernier.L’alliance d’opposition a remporté les trois villes les plus importantes : Ankara, Istanbul et Izmir, mais aussi Antalya si importante pour le tourisme.

Erdogan essaye de minimiser cette défaite en arguant que sa coalition a eu la majorité des voix, qu’il a remporté de nouvelles mairies, y compris en territoire Kurde alors qu’il mène une politique répressive face à la communauté kurde.

Néanmoins, ces arguments n’arrivent pas à convaincre les observateurs. C’est une vraie défaite électorale pour Erdogan, la première depuis son accession au pouvoir. Elle est importante, parce qu’il avait lui-même lié le lancement d’une opération de grande envergure en Syrie à ces résultats, espérant mobiliser les électeurs. Cette défaite le fragilise dans sa volonté de jouer les arbitres dans la crise syrienne.

Est-ce là le signal d’une simple usure du pouvoir ? Il est permis d’en douter.
L’économie est une piste d’explication sérieuse. La croissance ralentit sérieusement et la monnaie turque, attaquée suite au bras de fer avec les USA, a été dévaluée de fait, laminant le pouvoir d’achat des citoyens. Erdogan faisait de sa réussite économique (un taux de croissance élevé supérieur à la moyenne des économies de poids équivalent, la stabilité monétaire, le recul du chômage) une vitrine de son pouvoir et cet argument a fonctionné pendant longtemps. Les résultats actuels étant moins brillants, il est normal que des électeurs s’en détournent, surtout dans les grandes villes qui concentrent l’essentiel de l’activité, qu’elle soit touristique ou industrielle.

Mais la politique a aussi sa part dans ce désaveu relatif. Erdogan a transformé le régime pour en faire un régime présidentiel même si les résultats du référendum étaient serrés. Après, il a abusé de l’autoritarisme, surtout après la tentative du coup d’Etat avorté.La tentative de museler la presse, les purges chez les enseignants et les juges ont coalisé les démocrates qui ont peur que le régime se transforme en une dictature larvée.

L’alliance des oppositions se nourrit de ce sentiment. Les Kémalistes attachés à la laïcité, les libéraux ainsi que les Kurdes, ont fait alliance contre Erdogan. Sans être réellement sur la même ligne et c’est ce qui risque de se répéter lors des législatives et des présidentielles.

En guise d’enseignement de ces élections, on ne voit pas comment il pourrait répondre aux inquiétudes concernant les choix politiques, car c’est ce qu’il voulait en changeant le régime. Une forme d’autoritarisme, de personnalisation du pouvoir.Ces résultats le fragilisent en interne et sur le plan international. De sa réaction dépendra son avenir.