L’Etat Uni de Palestine comme alternative à ''l’accord du siècle''

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Dans pratiquement toute sa réflexion sur la question palestinienne, le penseur américano-palestinien Edward Saïd, né le 1er novembre 1935 en Palestine et décédé le 25 septembre 2003 à New York aux Etats Unis, avait toujours appréhendé le sujet en estimant que « La question, […], n’est pas de savoir comment trouver les moyens de les maintenir [arabes et juifs palestiniens] séparés, mais de voir s’il est possible pour eux de vivre ensemble et aussi paisiblement que possible. » En août 2006, Ahmed Herzenni, l’un des penseurs et chef de file du mouvement maoïste au Maroc des années soixante-dix, aujourd’hui ambassadeur itinérant, ne se situait pas loin de cette approche qu’il avait consignée dans son ouvrage Un Maroc décanté (Ed. Udad). Celui qui est aussi un ancien détenu politique et qui fut également président du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme, y a développé la caducité de la première stratégie de libération, l’infaisabilité de l’approche de deux Etats et argumente la solution d’un Etat Uni de Palestine où cohabiteraient dans la démocratie et la laïcité arabes et juifs palestiniens. Cette approche, qui n’est pas nouvelle mais reste iconoclaste, provoquerait certainement des remous dans les rangs arabes et déplairait fortement aux tenants du sionisme. Au moment où l’on parle de « l’accord du siècle » et que gonfle la rumeur sur un soutien du Maroc à cet accord en contrepartie de la reconnaissance par Washington de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, la proposition d’Ahmed Herzenni, qui considère que le « Maroc se devra d’accompagner cette conversion douloureuse mais salutaire », parait comme l’alternative la plus viable au plan américano-israélien. En voici l’intégral :

1 - On reproche souvent au règne de SM Mohammed VI de jouer un rôle moindre que par le passé dans les affaires concernant la Palestine et le Moyen-Orient. En tant que tel, ce reproche ne mérite aucun  commentaire. Mais aujourd’hui la question de la Palestine et du Moyen-Orient évolue d’une manière telle qu’elle impose un réexamen complet de la question et l’adoption d’une approche entièrement nouvelle en vue de sa résolution définitive, juste, équitable et conforme à l’esprit du temps. Et pour plusieurs raisons le Maroc est parmi les nations les mieux habilitées à promouvoir un tel réexamen et une telle approche. Il ne saurait se dérober à cette tâche. 

2 - Toutes les solutions à la question palestinienne- et juive en même temps- basées sur l’idée de partage territorial se sont effondrées et ne pouvaient que s’effondrer et ne pourront à l’avenir que s’effondrer. Le premier partage de la Palestine s’est effondré à cause du refus palestinien et arabe. Après la guerre de 1967 Israël a toujours refusé de revenir aux frontières qui prévalaient avant celle-ci. Le processus d’Oslo, renforcé en chemin par la «  feuille de route », devait en principe aboutir à la constitution d’un Etat palestinien, mais de toute évidence Israël ne tolérera jamais à ses côtés un Etat palestinien qui en soit véritablement un, et les Palestiniens ne se contenteront jamais d’un simulacre d’Etat- ils n’en ont d’ailleurs pas le droit. 

3 - Les Palestiniens doivent reconnaître définitivement et pleinement le fait accompli de la présence juive en Palestine. Ils doivent admettre l’échec et de la première stratégie de libération qui visait l’expulsion des juifs et la reconquête de la Palestine occupée et de la seconde stratégie qui était mue par l’espoir de pouvoir édifier un Etat viable sur les territoires dont avec l’aide de la communauté internationale Israël se retirerait. Ils doivent se pénétrer de l’idée que même une annexion pure et simple de ces territoires est infiniment plus avantageuse que l’obtention d’un micro Etat, en plus du fait qu’elle permettrait de sauver l’essentiel, qui est l’unité de la Palestine. Il va de soi que le rétablissement de l’unité de la Palestine implique l’abandon de toute stratégie de « libération » et l’adoption d’une stratégie de lutte démocratique pour les droits humains et citoyens des Palestiniens. 

4 - De leur côté, les Juifs de l’Etat d’Israël doivent se convaincre que malgré leur supériorité militaire et les soutiens internationaux, étatiques et non étatiques, dont ils jouissent, ils ne pourront jamais écraser définitivement la résistance palestinienne, arabe et islamique. Au contraire, plus ils remportent de victoires sur leurs adversaires les plus proches, plus l’aire de la résistance s’étend et plus les actions de résistance prennent des formes insoupçonnées. La seule manière pour les Juifs d’Israël de garantir réellement et définitivement leur sécurité et leur vie en paix est de s’intégrer à leur environnement islamique, arabe et palestinien, en commençant par accepter de s’engager avec les Palestiniens dans des rapports de concitoyenneté, dans le cadre d’un Etat palestinien unique, multiconfessionnel, laïque autant que possible et démocratique. Ils doivent d’autant plus rapidement se préparer à cette perspective que les « jours » du monde mono polaire sont comptés malgré les apparences. : un monde multipolaire finira plus tôt qu’on ne l’imagine par émerger. L’intérêt lointain des Juifs d’Israël est non pas de s’acharner à tenter de priver à l’avance les Arabes en général des moyens d’accéder à ce monde mais au contraire de les aider à s’y réserver une place honorable. Ils peuvent le faire à travers un Etat palestinien unique intégré à la Ligue Arabe. 

5 - A l’approche territoriale de la question palestinienne il faut donc substituer aujourd’hui une approche intercommunautaire qui se fonde sur les principes de l’unité de territoire, de la reconnaissance des droits de chaque communauté religieuse, de la démocratie et de l’intégration régionale. Une telle approche constitue l’unique alternative au chaos, un chaos auquel ne survivrait pas Israël. Nul doute qu’elle irait à la rencontre des aspirations les plus profondes de toutes les communautés vivant sur la terre de Palestine à une paix enfin effective et définitive. 

6 - La question palestinienne a toujours été au cœur de tous les problèmes du Moyen-Orient. On peut très raisonnablement gager que sa résolution entraînera l’apaisement de la plupart de ces problèmes. Mieux : Une Palestine réunie, démocratique et intégrée à la Ligue Arabe fonctionnera certainement comme un modèle et un moteur de développement et économique et politique pour toute la région. 

7 - Les implications de cette approche sont évidentes : cessation de tous les actes de violence, transformation de l’OLP en congrès de la communauté palestinienne arabe et modification de sa Charte, organisation d’élections locales ouvertes aux juifs dans les territoires actuellement gérés par l’Autorité Palestinienne, destruction du mur de séparation, engagement de négociations sur les affaires religieuses, élaboration de la Constitution de l’Etat Uni de Palestine, dissolution concomitante de l’Etat d’Israël et de l’Autorité Palestinienne et proclamation de l’Etat Uni de Palestine. 

8 - Il est à souhaiter qu’aujourd’hui que l’on parle de l’émergence d’un nouveau Moyen-Orient cette approche puisse être adoptée à la fois par les Palestiniens Arabes et Juifs et par la communauté internationale. S’il s’avérait que celle-ci restait prisonnière de l’approche territoriale, alors l’Autorité Palestinienne n’aurait d’autre choix que d’engager unilatéralement le processus qui aboutira fatalement, à l’apparition d’un Etat Uni de Palestine, et ce en s’auto dissolvant et en stimulant la transformation de l’OLP en mouvement démocratique ouvert à toutes les confessions et à toutes les sensibilités politiques. Et le Maroc se devra d’accompagner cette conversion douloureuse mais salutaire.  

Août 2006