La leçon de la présidentielle française

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Au Maroc, les journalistes ont des difficultés à suivre une vie politique atone. Les journaux-télévisés parlent des informations de l’étranger, parce qu’il ne se passe rien d’attrayant au sein des formations politiques. Cela se reflète aussi sur la vie parlementaire, tout aussi discrète. Les discours basés sur l’invective ont fini par lasser et devenir inaudibles

Emmanuel Macron, Président élu de la France, n'a lancé son mouvement qu’il y a un an et n’a quitté le gouvernement qu’en août dernier. Il le dit lui-même, c’est parce qu’il a constaté que le système des partis était verrouillé et ne permettait pas de mener les réformes nécessaires, qu’il s’est lancé dans l’aventure présidentielle, avec sa démarche “trans-partisane”. Sa jeunesse et son charisme ont bien sur aidé à son succès, jugé impossible il y a encore quelques mois. La recomposition politique qui s’en suit, un véritable séisme, s’opère sous nos yeux. C’est une véritable mue de toutes les composantes de la vie politique en France, conséquence directe du résultat de la présidentielle, qui s’opère. Au Maroc, les journalistes ont des difficultés à suivre une vie politique atone. Les journaux-télévisés parlent des informations de l’étranger, parce qu’il ne se passe rien d’attrayant au sein des formations politiques. Cela se reflète aussi sur la vie parlementaire, tout aussi discrète. Les discours basés sur l’invective ont fini par lasser et devenir inaudibles.

On y est arrivé parce que nos partis ont, sans exception, refusé la remise en question, le renouvellement, le rajeunissement. Quels que soient les résultats, les chefs restent en place, maintiennent les mêmes positions et demandent à leurs troupes, ou à ce qu’il en reste, de se mettre au garde à vous. Le renouvellement, sur le plan des idées, n’a pas lieu, alors que le monde a changé, profondément changé et que les problématiques sont plus complexes, trop complexes pour être abordées avec de simples slogans simplistes. Le rajeunissement, une nécessité vitale, est refusé de la manière la plus claire. Les jeunes, malgré le quota, ne sont là que comme supplétifs du chef et non pas comme un apport de nouvelles idées, d’un sang neuf qui pourrait rafraîchir l’ensemble. Cette attitude a un coût et il est énorme. La vie politique est déconsidérée dans son ensemble et les institutions représentatives, par ricochet, ont de moins en moins l’adhésion populaire. La préparation des congrès des partis politiques ne mobilise que Les apparatchiks concernés et non pas les opinions publiques.

L’offre est pléthorique, mais peu satisfaisante. Plus de 30 partis, dont la plupart ne sont que des boites a investiture, sont censés encadrer la population, contribuer à l’émergence des élites locales et nationales, et surtout confectionner des programmes, autour d’une vision. C’est justement parce qu’il n’y a ni vision ni programmes que nous avons ce nombre de partis, car il n’y a pas 30 visions pour le Maroc, ni 30 tendances sociales. Il y a un bloc conservateur-intégriste, un bloc libéral et un bloc de gauche, qui est devenu inaudible. Seules les ambitions individuelles expliquent, sans la justifier, cette pléthore des structures. Les partis marocains sont au pied du mur. Ils ne peuvent continuer à mettre toute leur faiblesse sur le compte de lois qu’ils ont pourtant tous votées. S’ils veulent jouer leur rôle constitutionnel, il leur faudra se moderniser, se structurer autour de projets clairs, s’ouvrir aux jeunes, à la société en général.

C’est une nécessité pour conforter la construction démocratique marocaine. Sinon, parce que la nature a horreur du vide, un mouvement citoyen, hors champ partisan, pourrait voir le jour et venir coiffer toutes ces structures au poteau. Ce n’est pas une impossibilité, mais cela n’offre aucune garantie de stabilité institutionnelle. La leçon de la présidentielle française c’est que la démocratie est incompatible avec l’inertie, surtout en temps de crise.