La patrie a un sens

5437685854_d630fceaff_b-
810
Partager :

Le bel ouvrage exécuté par Ahlam Jebbar, en collaboration avec MAP, sorti des presses en janvier 2019, est une réponse à temps et appropriée à ce que j’ai appelé il y a déjà une quinzaine d’année le patriotisme démissionnaire, lorsque des éléments de ce que l’on appelle « les séparatistes de l’intérieur » avaient autodafé le drapeau national dans l’enceinte universitaire sans qu’aucun étudiant ne bronche. Au cours de ces trois dernières années, pendant que le mouvement de protestation d’Al Hoceima prenait de l’ampleur, on a vu se développer sur les réseaux sociaux des formes de détestation de soi inexplicable et intolérable quand bien même les raisons de la colère seraient fondées.

Ce Maroc que l'on aime, titre bien senti dans ce contexte de l’ouvrage offre un chapelet de belles images illustrant le Royaume des contrastes. C 'est un livre à plusieurs plumes de différents horizons qui apportent un témoignage ouaté du Maroc tel qu’on aimerait qu’il soit de Tanger à Lagouira. En bonne feuille, j’ai choisi le texte de Khalil Hachimi Idrissi, La patrie à un sens. A mon sens, c’est lui qui résume le mieux la lettre et l’esprit de ce livre.  

Outre l’esthétique de son agencement qui le qualifie pour les étagères des bibliothèques qui aiment les beaux objets, la diversité des intervenants, réunis tel un orchestre philharmonique dans un même mouvement grâce à l’entregent d’Ahlam Jebbar, ouvre plusieurs pistes à la discussion. Bien mieux qu’une présentation dans les salons feutrés d’un hotel de luxe, le livre mériterait et gagnerait à se soumettre au débat. - Naïm Kamal

La patrie a un sens.

La patrie a un sens. Moi, par exemple, le mot patrie me renvoie d’emblée à Derb Sultan, à Casablanca, le quartier où je suis né et dont la citoyenneté relative est un peu particulière. Un tangérois en dirait autant de son quartier. Un gars de Sefrou, aussi.

Et là on tombe directement sur le lieu de naissance qui est déjà une première définition de la patrie. Ça peut être un village, un douar, une ville, une médina, un bidonville, une ferme, une terrasse, un espace identifiable dans lequel nous avons ouvert nos yeux au monde.

Un attachement génétique à un territoire qui fait le premier lien avec la patrie. Autrement et pour aller plus loin, le pays que l’on aime tous, dès le début, c’est en vérité la maman. La mère ! Elle est à la fois notre territoire génétique et notre espace premier. La mère-patrie, le beau raccourci. 

On peut, aussi, aborder la question sous l’angle des images. Une ballade embaumée par la senteur de la macération des olives dans le quartier des Habbous à Casablanca. Une brume étincelante qui habille au petit jour la lagune de Oualidia. Le bourdonnement onirique ininterrompu de la place Jama El Fnaa à Marrakech. Le vrombissement phénoménal de la « magana », la tribune des ultras, devant un geste accompli de l’équipe du Maroc de foot au Stade Mohammed V à Casablanca. A Fès, la symphonie de prières au mille couleurs montantes, désordonnées, au ciel à l’heure où le muezzin appelle les croyants distraits par la vie à leurs devoirs envers Dieu. La beauté absolue et immaculée — un arc de vie — de la baie d’Agadir qui donne ses lettres de noblesse à l’universalité.

Quoi encore ? Peut-être, — certainement—, Tanger, magnifique et impériale, accrochée aux flancs cosmopolites de ses colline fécondes de mille désirs. Où une vibration commune, ancestrale, sans équivoque, quand le Roi passe devant les yeux subjugués de son peuple, recevoir, par un jour baigné de soleil, la « Béia », — un engagement réciproque et irréversible, — des notables du Royaume au service de la patrie. Lacroix avait peint ce tableau me semble-t-il à moins que ce ne soit simplement la sortie, avec fanfare et parasol, du Roi de son palais de Meknès, la ville aux mystères enfouis dans les catacombes du temps. Une vieille nation, ce Maroc !        

Lire aussi : PRÉSENTATION À CASABLANCA DE ''CE MAROC QUE L'ON AIME''