La technose à l’ère des Judas informatiques

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Le quotidien algérien Liberté, propriété du patron du premier groupe privé d’Algérie, Issad Rebrab, « victime sous Bouteflika, emprisonné sous Gaïd Salah», publie dans son édition du 23 avril une information loin des préoccupations actuelles des Algériens.

Le titre est à lui seul une éloquence d’une rare élégance : Orange Cyberdéfense zappe l’Algérie et la Tunisie, elle installera sa filiale au Maroc. Il ajoute que celle-ci spécialisée dans la cyberdéfense « devra former, à l’horizon 2020, plus de 50 spécialistes en cybersécurité à Casablanca pour assurer l’ensemble des services au niveau du Maghreb et à travers tout le continent africain. Malgré les efforts consentis par l’Algérie et la Tunisie, le groupe Orange Cyberdéfense a préféré le Maroc ».

A contre temps de la déception de Liberté, nous devrions sabrer le thé, mais franchement je ne vois pas pourquoi. D’abord parce que l’information date. C’est à l’ouverture des assises de l’AUSIM à Marrakech le 24 octobre 2018 qu’Orange cyberdéfense, filiale du Groupe Orange déjà au Maroc pour la téléphonie et Internet, a annoncé son installation au Maroc. Ensuite si l’ambition d’Orange est de protéger les actifs critiques de « notre » système informatique, qui va nous protéger d’Orange ? C’est le risque pour technocodépendant, de voir le gendarme muer voleur.

Je vais être franc avec vous. On m’a diagnostiqué ces derniers temps une paranoïa aigue d’une nouvelle pathologie virale que les spécialistes se sont accordés à identifier comme une technose. L’un de ses symptômes le plus courant consiste en le déclenchement d’une recherche systématique d’une caméra cachée dès qu’on s’installe devant un ordinateur en se demandant s’il n’y a pas un Juda derrière l’écran en train d’épier nos fantasmes.

La situation s’aggrave avec le téléphone. Par exemple, moi, chaque fois que je le prends pour composer un numéro, je me demande s’il n’y a pas derrière l’icône « appareil photo », un voyeur qui s’amuse à mater mes sourires et à décrypter ce que peuvent trahir mes mimiques. Même éteint, plusieurs fois je me suis surpris à le glisser sous ma cuisse et à chuchoter en parlant des affaires courantes se rapportant aux alcôves de la grande politique, de peur qu’un micro indiscret ne rapporte mes propos indélicats à un Big Data dissimulé quelque part en Arizona.   

Les origines de l’affection remontent au début des années 70, alors que tout ce qui est data était encore balbutiant. C’est à ce moment que l’on a commencé à parler du Cheval de Troie informatique, un logiciel malveillant que chevauchent toutes sortes de virus. Au jour d’aujourd’hui, on imagine que l’agence américaine NSA doit être en possession d’une ribambelle de nanotrucs répondant à une kyrielle de besoins en matière d’espionnage et de contrôle. Le RAT, pour remote administration tool, date de la première ère glaciaire de l’intelligence artificielle. Déjà il permettait la prise de contrôle à distance des systèmes informatiques. A l’âge des drones qui sèment la mort et la terreur en Afghanistan, téléguidés à partir d’une base au Taxas, on peut concevoir facilement que les Etats Unis qui vous vendent un chasseur F16, à fortiori F35, seraient capables de le retourner contre vous depuis je ne sais quel patelin reculé d’Amérique. Effrayant, non ?

Pendant ce temps, qu’est-ce qu’on fait ? On s’adonne à l’onanisme identitaire et on se prélasse voluptueusement dans les ébats de la langue de l’enseignement des sciences. En arabe ou en français ?