Le devenir moi, devenir nous, devenir plus de Michelle Obama

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L’aurais-je lu si, d’une certaine manière, il n’était venu à moi, si cette année encore je ne n’étais pas allé au Salon du livre que j’évite pour ne pas être le témoin impuissant de la dégradation, chaque édition un peu plus, de la qualité des expositions. Au même rythme que la librairie au Maroc qui accompagne les salles de cinéma dans leur fermeture, le Salon du livre se monolinguise et s’appauvrit. Pour ma catégorie de lecteurs, trois stands valaient le détour et encore, juste pour ne pas rentrer bredouille : Sochpress, l’Institut français dont ce n’est pas exactement la vocation et la Croisée des chemins. J’en ai eu pour quelques livres : Sérotonine de Michel Houellebecq – parce qu’il faut bien le lire, Abdallah Ibrahim de Zakya Daoud – parce qu’il faut le lire, Les tribulations d’Arthur Mineur d’Andrew Sean Greer parce qu’il a eu le Pulitzer 2018, Un tournant de la vie de Christine Angot, à mon corps défendant (ma fille voulait le lire), et Devenir*de Michelle Obama, née Robinson, parce que c’est Michelle Obama.

490 pages d’une autobiographie où on la voit Devenir elle, Devenir eux, Devenir plus. Le récit d’un destin qui n’était pas prévu à son programme, mais qui comme tous les destins, a fini, au gré d’une rencontre, d’un rire, d’un regard, d’une discussion, ceux de Barak, par advenir. C’est lui, à travers elle, elle qui a horreur de sa perception comme la femme de, que je cherchais en vérité et que j’ai juste croisé, sublimé par le regard tendre de son épouse, ravie, en dépit de ses réticences, de ses doutes et de ses angoisses d’être puis d’avoir été la première Première dame noire des Etats Unis.

Le candidat Obama à la Maison Blanche, sous sa plume, « c’était, un nouveau venu, un Noir dans ce qui était historiquement la chasse gardée des blancs. Il surgissait du néant avec un nom bizarre et une histoire étrange (…) ». Mais Noir l’était-il vraiment ? Colin Powell et Condolezza Rice qui ont occupé sous l’administration républicaine des postes hautement stratégiques avaient balisé le chemin. Ils étaient noirs mais pensaient et agissaient en blancs. Michelle Obama avait une crainte. Elle était aussi un peu la notre. Crainte que celui qui a eu le Nobel de la paix avant d’avoir fait quoi que ce soit et qui devrait le rendre parce qu’il n’a rien fait, du moins qui justifierait le prestigieux prix, ne soit en scène que pour figuration.

Elle tremblait pour lui, de peur qu’un Lee Harvey Oswald noir ou blanc, c’est égal, prenne pour cible le père de ses deux filles pour lesquelles elle s’érige en protectrice obsessionnelle. « Les Kennedy, Martin Luther King, Ronald Reagan, John Lennon. Tous avaient été la cible de tueurs. A partir du moment où l’on suscitait un peu trop de ferveur, on prenait un certain risque. Cela étant, Barak était noir et, pour lui, ce risque n’avait rien de nouveau. ‘’Il pourrait tout aussi bien se prendre une balle en allant à la station de service’’ », disait-elle parfois aux journalistes.  

Du conte de fée de Michelle la Cendrillon du South Side de Chicago ressort un Obama ciselé dans un seul bloc de volonté marchant sur la Maison Blache. Cultivé, travailleur, intelligent, vif, intuitif, patient, déterminé, atypique, beau, séduisant, tout pour être le président le plus puissant d’ici-bas. Nulle part dans le récit ne transparait, en chair et en os, hormis un certain moment John Kerry, les fairy anthropomorphes qui se sont penchées sur son berceau pour le hisser sur le toit du monde. Mais ceci est une autre histoire qui n’avait pas à s’inscrire dans le récit d’une first lady pas comme les autres.

*Fayard