Le Maroc à la découverte de l'Australie

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Par Naïm Kamal - En débarquant tard dans la soirée du 3 février à Melbourne, Aziz Akhannouch et la forte délégation qui l’accompagne affichent au compteur un jet lag de Temps du Maroc + 10.

Même une forte dose de mélatonine ne peut y arriver à bout avant l’intense activité qui les attendait le lendemain. Le ministre de l’Agriculture et de la pêche est programmé pour un séjour de deux semaines qui vont le mener à travers les quatre Etats les plus importants sur les six que compte l’Australie.

C’est loin le royaume des Kangourous. Dans le schéma simple de nos études primaires, le monde se subdivisait en cinq continents, l’Amérique, l’Afrique, l’Europe, l’Asie et on avait souvent du mal à sortir le nom du cinquième…l’Australie par lequel on abrégeait l’Océanie du moment qu'il occupait l’essentiel des 9 millions de kilomètres carrés de cette multitude d’iles presque perdus au milieu des océans indien et pacifique.

Combien sommes-nous aujourd’hui encore à énoncer sans hésitation le nom de sa capitale ? Sidney ? Melbourne ? Canberra ! aux étés secs et chauds. Ce n’est pas très loin de là, à Wellington, en Nouvelle Zélande, que le monde voit venir chaque année le nouvel an.

L’Australie est un pays discret, ce qui ne veut pas dire évanescent.

Les 17 mille kilomètres qui l'en séparent et la faiblesse des échanges commerciaux, 97 millions de dollars en 2018, n’ont pas empêché le Maroc d’en appréhender l’importance et d’y ouvrir une ambassade  en 2005. Les ambassades s’y succèdent et découvrent un pays encore plus « egocentrique » que les autres puissances économiques de son rang. Passées les premières années d’installation, commence un travail de longue haleine qui croise sur son chemin le balbutiement d’un intérêt australien qui allait croissant pour l’Afrique.  

La ruée vers les potentialités de l'Afrique

Etat d'apparence à '' l'écart'' du reste monde, il est depuis son indépendance tout au début du 20ème siècle engagé dans les combats de son camps, occidental. Mais son alliance stratégique avec Washington ne l'empêche pas d'avoir comme premier partenaire économique la Chine. Pékin vient même en tête de ses préoccupations devant  le Japon, l’Indonésie, voire les Etats Unis et l’Union Européenne. Canberra ne peut non plus ignorer dans cette zone où se joue l'avenir des relations internationales l’importance de la Russie.

Tous des mastodontes du top quinze mondial de la prospérité économique dont le quarteron de tête se bouscule à ce même instant aux portes de l’Afrique. Etats Unis, Chine, Japon, Russie, France, Allemagne se livrent depuis un peu plus une décennie à une course effrénée sur le continent noir dans une '' subite'' ruée vers ses potentialités. Dès lors l’Australie ne pouvait rester indifférente à cet engouement. Il lui fallait donc une porte d'entrée.

Après avoir hésité entre le Maroc et le Sénégal, Canberra opte pour Rabat où elle ouvre une ambassade en 2017. A sa tête Mme Owen-Jones, une francophone comme il se doit, qui souhaite pour son pays, déclare-t-elle, de « devenir un partenaire privilégié de l’agenda économique du Maroc ».

Le royaume n’est pas l'inconnu des Australiens que l'on peut croire. En 2017 on a compté autour de 40 mille touristes, un chiffre qui promet de meilleures perspectives. Comme par hasard l'année se révèle charnière dans les relations entre les deux pays avec la mise en place du groupe d’amitié parlementaire Australie-Maroc et le lancement du Conseil d’affaires Maroc-Australie. 2018 lui emboite le pas. Une mission d’hommes d’affaires australiens effectue au Maroc une visite de prospection économique, consacrée, essentiellement, au domaine de l’agro-alimentaire, l’horticulture, les viandes, les technologies de l’agriculture et à la recherche agricole.

Presque jour pour jour c’est au tour d’une forte délégation marocaine de se lancer, une année plus tard, sur le même registre agricole, à la découverte de ce pays-continent marqué par l’aridité de ses profondeurs. Mais ce qui lui reste de territoires sur les cotes tempérés, lui suffit pour mériter aux yeux de nombreux économistes le surnom de « ferme du monde ».

La diplomatie des affaires

Le choix de Aziz Akhannouch pour présider cette délégation ne s’explique pas seulement par le portefeuille, l’agriculture, la pêche et le développement rural, dont il a charge. Le profil ministre-entrepreneur a tout pour séduire l’univers australien de businessmans dont l'une de icones, mieux connu que le pays lui-même, n'est autre que la magnat de presse, le très néoconservateur Rupert Murdoch.

A en juger par la qualité de la quasi totalité de ses interlocuteurs, il est certain que la délégation marocaine n'a pas eu beaucoup le loisir de trop développer la thématique diplomatique. L'ambassade pourra toujours capitaliser sur cette diplomatie des affaires, la plus efficiente qui soit en fin de compte, pour y pallier.

L'ambassadeur Karim Medrek qui a les compétences de sa mission sait combien la situation géopolitique d'ami inconditionnel des Etats Unis sans être l'ennemi de la Chine crée chez les Australiens un penchant naturel au déploiement d'un multilatéralisme actif  visible dans les instances internationales.

De même que Rabat sait que la ferveur nationaliste de l'opinion publique qui a suivi l'intervention australienne à Timor Oriental et son rôle dans la consécration de la séparation de cette petite ile de l'Indonésie au détriment de l'accord bilatéral de défense qui liait Jakarta et Canberra, est un positionnement que les supporters du Polisario cherche à flatter.

Mais comparaison n'est pas raison et les gouvernements australiens, qu'ils soient travailliste ou conservateur, sont surtout des gens pragmatiques. Jusqu'à maintenant le Polisario a surtout compté sur un ver solitaire, un certain Kamal Fadel, d'origine mauritanienne, autoproclamé ambassadeur des séparatistes, pour porter sa voix sans aucune reconnaissance des autorités du pays.

Il n'a d'ailleurs trouvé d'écho qu'auprès des verts et quand des municipalités tenues par ceux-ci se sont mis à l'occasion du 26 février de chaque année à hisser le drapeau de la RASD, le gouvernement fédéral, sans leur dénier totalement ce droit, leur a rappelé qu'il ne reconnaissait aucune entité de ce type et qu'aucune institution australienne n'était en droit d'aller à l'encontre de ses choix diplomatiques qui s'en tiennent au respect des résolutions des Nations unies. Et c'est certainement sur ce constat et sur des engagements d'avenir prometteurs que le ministre de l'Agriculture, de la pêche, du Développement rural et des Eaux et forêts a repris le vol du retour. 

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