PJD : La banalisation d’un parti

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Pour sauver la face, en partie, les islamistes du PJD jouent les jeunes filles effarouchées. Pour une autre partie, se sont les déçus du gouvernement qui n’ont pas vu, comme ils l’espéraient, le turnover jouer en leur faveur, qui alimentent la contestation. Mais le véritable enjeu se situe à l’horizon du prochain congrès

Idriss El Azami, chef du groupe PJD à la Chambre des représentants, a fait, lors de la discussion du programme gouvernemental, un numéro de dépité, gémissant sur ce qu’aurait couté à son parti l’éviction de son secrétaire général, Abdalilah Benkirane, de la formation du nouveau cabinet. Visiblement, les islamistes gouvernementalistes n’ont pas encore réussi à faire leur deuil d’un chef de file qui n’a pas réussi en six mois, mais alors pour des raisons totalement subjectives, à former une coalition. A l’entendre, c’est à leur corps défendant qu’ils ont accepté l’immense sacrifice de leur Lanterne magique sur l’autel de l’intérêt du pays, de son développement, de sa quiétude et de sa stabilité. Encore un peu et on passerait des nuits debout à prier pour leur faire montre de notre infinie gratitude pour leur mansuétude et leur sollicitude. Mais quelques larmes plus tard, Idriss El Azami, qui a été dans les gouvernements successifs de Benkirane, ministre délégué à ne rien faire, se ravise. Le nouveau chef du gouvernement, son compagnon et son ex-patron au parti, n’a qu’à bien se tenir. Le groupe islamiste à la chambre basse entend se faire entendre haut et fort et leurs frères du gouvernement n’ont aucun intérêt à faire la sourde oreille. Je peux gloser ou glousser longtemps sur ce thème, mais on va dire, pour faire court, que c’est la conscience malheureuse et déchirée qu’ils y sont allés. Seulement ce n’est pas vrai. C’est heureux et consentant que le PJD a remis ça.

Pour sauver la face, en partie, il joue les vièrges effarouchées. Pour une autre partie, se sont les déçus du gouvernement qui n’ont pas vu, comme ils l’espéraient, le turnover jouer en leur faveur, qui alimentent la contestation. Mais le véritable enjeu se situe à l’horizon du prochain congrès reporté pour l’après législative. La guérilla que mène Abdalilah Benkirane à Saâdeddine El Othmani, qui n’a fait que reconduire ce qu’a fait son prédécesseur, ne peut s’inscrire que dans cette perspective : le contrôle du parti. L’actuel secrétaire général du PJD qui a toujours milité et obtenu qu’une seule et même personne, lui en l’occurrence, assume à la fois la responsabilité du parti et celle du gouvernement, pour, affirmait-il, assurer la cohésion des forces et l’efficacité de leur mise en œuvre, est en train de virer. Mais ne changent pas d’avis que les imbéciles et Abdalilah Benkirane est en train d’assurer tout-à-fait le contraire. L’ancien chef du gouvernement n’est pas à une contradiction près et après avoir longtemps vendu l’illusion d’un parti pas comme les autres, qui active sa démocratie interne, respecte ses statuts et ne les modifie pas au gré des vents, vient de mettre sur le marché l’idée que cette cohésion n’a plus lieu d’être dès lors qu’elle n’existe plus entre la direction du parti et le gouvernement. Mais qui a donc investi S. El Othmani au sein du PJD et qui s’apprête à lui accorder son investiture parlementaire ? Présentées ainsi les choses semblent incohérentes et désordonnées. En réalité elles sont plus simples : Les sous-entendus de  déclarations de A. Benkirane laissent supposer qu’il entend rempiler à la tête du parti pour ne pas disparaitre des radars ou y mettre quelqu’un à sa mesure. S’entamera alors la phase de la banalisation, si ce n’est la décomposition, d’un parti qui se croyait original.