Qui est derrière l’effilochement des instances de médiation politique au Maroc?

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Les Marocains se demandent comment s’est-il fait qu’ils n’aient plus de module politique capable d’encadrer les citoyens et de servir par là d’intermédiaire entre la masse et l’Etat en temps de crise

Du fond de leur crise sociopolitique aigue, les Marocains n’ont pas manqué de réagir avec fierté à la nouvelle percée de la jeunesse d’origine marocaine dans les dernières législatives française de l’ère Macron, après celles des ères des républicains et des socialistes respectivement. Après le quatuor féminin (Dati, Belkacem, El-Khomru, Azoulay) aux plus hauts rangs de l’exécutif français, du temps de Sarkozy et de Holland respectivement, huit jeunes députés d’origine marocaine (4 hommes et 4 femmes de la 2ième génération d’immigrants) ont brillé dans le nouveau paysage de refonte politique en France. Rien que les résonances des patronymes de cette octave de jeunes cadres en dit beaucoup sur les critères d’une réussite en politique; on entend Lakrafi, Elhayri, Moutchou, Lazaar, El-Guerrab, Mahjoubi, Laqhila, Laabid. voir ICI.

L’euphorie-exutoire rassurante passée, une grande question, qui couvait, refait surface dramatiquement en ces temps où les Marocains se demandent comment s’est-il fait qu’ils n’aient plus de module politique capable d’encadrer les citoyens et de servir par là d’intermédiaire entre la masse et l’Etat en temps de crise. L’épiphénomène concret le plus marquant de cette absence est la tournure de rejet catégorique et absolu de toute la classe politique en bloc, toutes couleurs confondues, qu’ont prise les évènements d’El Hoceima dans le Rif. Le fond de ladite grande question est le suivant:

La population marocaine globale est de 35.300.000 à peu près, dont environ un dixième en diaspora à l’étranger. Une toute petite minorité de ce dixième a pu accéder en diaspora au droit de vote aux régionales et aux législatives dans les pays d’accueil. Et pourtant, à travers le monde, et en France notamment, cette infime minorité a donné naissance et a fait émerger des dizaines de jeune cadres de haut talent en matière de politique, de communication et de gestion, qui ont vite accédé aux plus hautes fonctions de l’Etat aux législative et à l’exécutif dans les pays d’accueil.

Pourquoi donc, les neuf dixièmes de la population marocaine ne fait pas émerger, par échéance électorale législative (voie vers l’exécutif), ne serait-ce que l’équivalent de ce que fait émerger l’infime minorité qui a droit de vote parmi la diaspora marocaine dans le monde, en terme de nombre de jeune talents actifs et visibles en politique et en gestion des affaires publiques?

Les récents exemples de la France, où de tels jeunes talents sont vite repérés, intégrés aux instances dirigeantes des partis et mis enfin en avant dans les listes électorales dans les rangs des républicains, des socialistes et/ou du nouveaux paysage du REM (République En Marche), montrent bien qu’il n’est pas du tout sérieux de parler d’un SYSTEME ou d’un ESTABLISHMENT monolithique du "monde de la finance et des multinationales" qui mènerait le jeu par-dessus des formations politiques "de façade", à savoir l’équivalent de nos entités "makhzen", "hautes sphères du pouvoir", "forces occultes" ou "monstres et crocodiles" que véhicule le discours politique marocains pour "expliquer" toutes les tares de la politique au Maroc.

Dans les systèmes politiques qui font émerger de tels talents, tout d’abord et avant tout dans les rangs des instances des partis politiques, sur la base du seul critère de méritocratie, c’est à ces partis politiques, et à aucune autre entité réelle ou chimérique, que revient la responsabilité du manque, ou le mérite de la réussite de la tâche d’encadrer la société et mobiliser les générations renouvelées pour participer aux affaires de la Cité.

Autrement dit, à supposer par analyse-fiction que ces jeunes compétences, toutes faites et toutes formées, seraient rentrées au Maroc, dont beaucoup, si ce n’est tous, gardent la nationalité; auraient-elles été accueillies par les instances dirigeantes des partis politiques, qui leurs auraient consacré les places méritées dans leurs listes électorales au lieu de toujours faire des jeunes figures de simples agréments enjoliveurs de têtes de listes pour les permanents et/ou clients du parti?