Qui peut le plus, peut le plus

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On peut s’amuser longtemps sur les couteaux qui s’aiguisent, les coulisses qui carburent à fond, et Maroc Telecom, mais aussi les autres opérateurs, qui comptent les coups, de téléphones s’entend, tant cette rentrée prend les allures, pour certains du moins, d’une sortie. Mais la situation est telle que l’on n’a pas envie de rire. Pas trop en tout cas. 

En règle générale, on est à la veille d’un sursaut, mais ça n’en a pas trop l’air, l’ère semblant plutôt à l’expectative. Pour ne rien changer, diriez-vous. 

On sait plus ou moins que Aziz Akhannouch, qui n’a pas trop pris de vacances, est premier de cordée pour une année encore plus soutenue que la précédente – il a un défi avec lui-même à tenir ; que Nizar Baraka est déjà sur le pont et s’en prend au projet de loi de finances 2020 dont ses amis de l’Alliance des économistes istiqlaliens se sont saisis pour sous-entendre que le chef du gouvernement et son gouvernement ne sont pas au diapason du discours du Trône. 

Pour les autres, on ne sait trop, ils comptent les points et guettent quand la super tour de Rabat Bouregreg émergera de ses fondations. Histoire de s’occuper autrement qu’en comptant les moutons pour lutter contre les insomnies. La saison y est favorable, aux insomnies ; les moutons, la leur est passée. 

Ce que tout le monde et chacun cherchent, c’est une classe moyenne, désespérément. Une vraie, pas celle que le HCP avait défini, sans craindre le ridicule et sans en être lui-même convaincu d’ailleurs, entre 2800 et 6700 dhs. Sur les colonnes du Quid, Abdeslam Seddiki, ancien ministre et membre du Bureau politique du PPS, qualifie cette classe moyenne d’arlésienne, tout le monde en parle, mais personne ne l’a jamais vue. Il s’en gausse, gentiment et sérieusement, pour conclure qu’en « définitive tout reste encore à faire pour une meilleure radioscopie de la classe moyenne. »

Au fait, si on a tant de difficultés à cerner la classe moyenne, c’est parce qu’elle est fragile, peu sûre d’elle-même, pas très confiante en l’avenir parce qu’incertaine dans son présent fondé sur la débrouillardise avec ce que ce système recèle de corruption, de malversations et de passe-droits. 

Souvent on a parlé du Maroc comme le Royaume des contrastes pour vanter la diversité de ses charmes, mais aussi pour rendre compte de sa situation sociale. C’est ça le Maroc, il va bien et ne va pas bien. Un ancien correspondant du journal français Le Monde à Rabat avait l’habitude de dire : Restez au Maroc deux jours et vous aurez tout compris, restez-y un peu plus et vous n’y comprendrez plus rien.

Récemment, j’ai fait un aller-retour Rabat-Tanger dans Al Bouraq. Nickel. Gares spacieuses, propres et fonctionnelles, trains à l’heure, personnel agréable et disponible… Je venais de sortir d’un taxi bleu. A Tanger, j’en ai pris un autre jaune. Je me suis dit, c’est ça le Maroc, la douche écossaise. Des ilots de performance et un océan des autres choses. J’ai repensé à Al Bouraq et aux gares, j’ai croisé les doigts et prié : pourvu que ça dure, me disant que si c’était possible ici ça devrait l’être partout ailleurs. Ne dit-on pas que qui peut le plus peut le plus ?