Qui veut un enseignement public de qualité ?

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Ce serait attendre Godot que d’attendre que le gouvernement travaille d’arrache-pied pour améliorer le niveau de l’enseignement public, et ce pour deux raisons au moins. Analyse

Le diagnostic du système d’enseignement au Maroc a été fait et refait par de nombreux départements et cabinets d’experts, et par plusieurs institutions nationales et internationales. Tous aboutissent globalement aux mêmes constats, et plus ou moins aux mêmes recommandations. La question est : Pourquoi la politique publique de l’enseignement n’arrive-t-elle pas à implémenter ces recommandations et pourquoi le système poursuit sa dégradation entamée il y a plus d’une vingtaine d’années ?

On serait tenté de diluer la responsabilité de cet échec sur toutes les parties prenantes de l’acte éducatif : les enseignants, les élèves, l’administration scolaire, les parents, l’Etat, et enfin l’environnement social et culturel, tant il est vrai que le système est en fait corrompu de la tête aux pieds. Bien entendu à l’intérieur de chacun de ces groupes existent des travailleurs sérieux, des gens compétents et des altruistes de bonne volonté, mais ils sont très peu nombreux, ils sont minoritaires face à la masse médiocre qui tire le système vers le bas.

Allons-nous en vouloir aux enseignants qui n’ont pas de compétences académiques et qui considèrent cet emploi comme un simple gagne-pain ? Aux professeurs qui bâclent leurs séances de cours dans les établissements publics pour courir donner des cours dans les écoles privées ? N’agissent-ils pas comme le recommande le libéralisme individualiste qui nous pousse à maximiser nos fonctions d’utilité ?  Doit-on en vouloir aux élèves qui sont, dans leur majorité, à la recherche de solutions de facilité pour obtenir une note de passage ? Un grand nombre de nos élèves n’a aucune volonté d’apprentissage ou de maitrise des connaissances et des capacités d’analyse, leur unique objectif est de réussir l’examen et obtenir un diplôme, peu importe les moyens utilisés pour aboutir à cette fin, et peu importe la consistance de la formation supposée acquise. Les parents ne sont pas en reste, au-delà de la transmission consciente ou inconsciente de valeurs rétrogrades et de comportements hypocrites, certains en sont arrivés à aider leur progéniture pour sophistiquer davantage les techniques de triche et de copiage. Allons-nous en vouloir aux fonctionnaires absents ou démissionnaires qui assurent la gestion administrative des établissements et des ministères ? A ceux qui élaborent les programmes et les curricula d’un autre âge? Aux corps d’inspection pédagogique dont l’impact sur l’acte d’enseignement est quasi-nul ? Ou aux syndicats qui défendent des intérêts corporatistes au détriment de l’intérêt général et de l’avenir du pays ?

On est en droit de se demander qui veut réellement un enseignement public rigoureux et de bonne qualité ? La situation actuelle arrange la majorité des élèves, la majorité des enseignants, la majorité des fonctionnaires, la majorité des parents et la majorité de ceux qui décident au niveau des hauts appareils de l’Etat, gouvernement et parlement. Ce serait attendre Godot que d’attendre que le gouvernement travaille d’arrache-pied pour améliorer le niveau de l’enseignement public, et ce pour deux raisons au moins. La première est que cela nécessite un véritable combat contre les intérêts malsains de plusieurs parties prenantes, mais il faut en avoir la volonté et les moyens ! La seconde est que la mauvaise qualité des écoles publiques est une aubaine pour l’enseignement privé. Comment voulez-vous que des hommes d’affaires très intéressés par l’investissement dans l’enseignement privé, et qui sont membres du gouvernement et/ou du parlement, se retroussent les manches et se battent pour l’amélioration et l’excellence de l’enseignement public ? Ce serait aller contre leurs propres intérêts !

Cette déliquescence des comportements s’explique peut-être par l’aliénation des individus et des groupes de pression par leurs intérêts immédiats et à court terme : gagner le maximum en travaillant le minimum, arriver à ses fins quels qu’en soient les moyens, et obtenir immédiatement tout ce qu’on désire. Or, l’investissement et l’énorme effort requis par tous les intervenants pour améliorer l’enseignement public ne peut donner ses résultats que sur vingt à trente ans, c'est-à-dire à long terme. Malheureusement, les parties prenantes susmentionnées pensent probablement qu’à long terme nous serons tous morts, comme disait J.M. Keynes. En fait, nous sommes déjà morts, alors reposons-nous en paix dès à présent !