Terrorisme, mutations en cours

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Le terrorisme reculera mais ne disparaitra pas tant que ses causes seront là. Sur ce plan aussi on ne nous sert que des demi-vérités,  politiquement correctes

« Game over » crient les observateurs. La chute de Mossoul, celle inéluctable de Raqqa incite à un optimisme, à mon avis très exagéré. Daech ne défend qu’à moitié ces villes. Il sait que sa stratégie consistant en l’occupation et la gestion des territoires  est un échec cuisant. Mais de là à croire que l’EI va disparaitre, c’est juste un vœu.

L’EI reviendra aux unités mobiles dans les Etats faibles ou en difficulté et aux cellules kamikazes ailleurs. Il reprendra les mêmes méthodes qu’AL Qaida, ce qui ne manquera pas de revigorer la firme d’origine dans la guerre pour le leadership du jihadisme. La voie du Califat sur un territoire est abandonnée de fait. Du coup, même l’attractivité de la « Hijra » disparait. C’est donc une nouvelle réalité dont certains aspects sont positifs.   

Ce qui l’est moins c’est que les modes low-cost, la voiture bélier, ou le couteau continueront à se développer. Or ils sont imprévisibles. Contrairement aux cellules élaborées qui doivent se fournir en armes, en explosifs, communiquer, autant d’occasions pour les sécuritaires d’avoir du renseignement, le type qui décide d’utiliser une voiture n’offre pas de piste.

La grande différence entre ce que nous vivons et les années 2000, c’est qu’Al Qaida avait un corpus idéologique et religieux, s’appuyant sur des textes datant d’il y a plusieurs siècles. L’EI n’a que quelques slogans et ses recrues n’ont besoin que d’un « bagage » minimal. Ses convertis ne connaissent ni Ibn Timia ni Ghazali. Il n’y a point de démarche spirituelle dans ce pseudo jihadisme. Les motivations sont d’un autre ordre.

Le terrorisme reculera mais ne disparaitra pas tant que ses causes seront là. Sur ce plan aussi on ne nous sert que des demi-vérités,  politiquement correctes. Evidemment que la salaffia est la matrice génétrice du jihadisme. Mais Ibn Timia est mort il y a plusieurs siècles, pourquoi est ce qu’il n’est à la mode que depuis peu ?

Combattre l’idéologie funeste est nécessaire. Encore faut-il identifier les causes qui lui offrent un environnement favorable. Nier les questions identitaires que ce soit dans les pays de la sphère musulmane ou en Europe est juste impossible. Le jihadisme utilise l’essentialisme comme première arme de recrutement. Or il y a une question qu’il est interdit d’évoquer sous peine d’être accusé d’anti sémitisme, c’est la question de l’existence d’Israël, de ses provocations et du ressenti des populations musulmanes très éloignées de la modernité et donc de la rationalité.

Au lieu de faire de ce point un moyen de pression sur l’Etat hébreu en vue d’une véritable paix, les occidentaux ont fait exactement l’inverse, ils ont décrété que l’anti-sionisme était le « nouveau visage de l’anti-sémitisme » mettant à égalité une idéologie impérialiste d’une race.

L’occident ne peut pas continuer à créer les conditions de la croissance du terrorisme et demander aux musulmans de s’en débarrasser. En Irak et en Lybie c’est l’occident qui a créé l’instabilité et ce sont les populations locales qui en payent le prix. Les victoires de la sphère Irako-Syrienne ne signifient en rien la fin du phénomène parce que les sociétés musulmanes charrient les mêmes maladies et que l’occident continue à renforcer ces maladies par son attitude impériale.