Un conseil surprise, un voyage éclair en Mauritanie et probablement un gouvernement sans l’Istiqlal

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Comédie humaine ou farce politique, Benkirane a reçu l’imprimatur du Secrétariat général pour reprendre les négociations avec les partis « en vue de former le prochain gouvernement ». Ce qui veut bien dire que c’est lui qui bloquait les consultations

Les voies du Makhzen sont bien souvent impénétrables… C’est ce que va sûrement penser Abdalilah Benkirane  en se rendant en Mauritanie, où il est attendu après le conseil de gouvernement (un conseil de gouvernement surprise et qui selon nos informations verra l’adoption de la loi de règlement de la loi de finances 2017)  qu’il préside cet après-midi du mardi 27 décembre.  Mais à aucun moment, le chef de gouvernement désigné ne pensait qu’il allait lui-même, et en personne, désavouer son nouvel  allié, Hamid Chabat, et présenter ses regrets à la Mauritanie après les propos «dangereux et irresponsables » tenus par l’incontrôlable leader du plus vieux parti marocain.

En remettant publiquement en cause l’intégrité territoriale d’un pays voisin –une constante du discours et de l’imagerie de l’Istiqlal qui a toujours fait référence au Grand Maroc s’étendant jusqu’au fleuve Sénégal- le très versatile Hamid Chabat a  rendu un fieffé service à Abdalilah Benkirane. Au nom « du bon voisinage, de la solidarité et de la coopération avec la Mauritanie sœur », l’équation gouvernementale peut désormais être résolue sans l’Istiqlal et son chef va-t-en-guerre…

Après le rappel à l’ordre du Roi qui a dépêché deux conseillers royaux –  Abdellatif Mennouni et Omar Kabbaj- pour signifier au secrétaire général du PJD que la récréation est terminée, le déblocage était annoncé. Plus question que le pays, ses institutions, son économie, soient l’otage de calculs politiciens. Le Maroc est sans gouvernement depuis 3 mois. Les institutions sont en stand by.   L’économie est à l’arrêt. Si Benkirane le sait,  les conseillers  royaux le lui ont très probablement rappelé. Et le patron des islamistes au pouvoir, celui-là même qui faisait mine de ne pas vouloir d’un arbitrage royal pour mettre fin au blocage a vite fait de réunir le secrétariat général de son parti au lendemain de sa rencontre avec MM. Mennouni et Kabbaj.  Comédie humaine ou farce politique, Benkirane a reçu l’imprimatur du Secrétariat général pour reprendre les négociations avec les partis « en vue de former le prochain gouvernement ». Cerise sur le gâteau, le  secrétariat général du Parti Justice et Développement va encore plus loin en affirmant dans un communiqué d’anthologie « la détermination du « PJD à interagir positivement et avec responsabilité nationale avec les Orientations Royales pour accélérer la formation du gouvernement, tout en appelant les partis politiques concernés à coopérer pour la réussite de cet objectif ».

Les néophytes des arcanes politiques de chez nous retiendront deux choses essentielles de ce communiqué de l’instance exécutive du PJD. D’abord que ce sont bien les islamistes qui sont derrière le blocage des négociations pour la formation du gouvernement, le secrétariat général vient d’autoriser Benkirane à reprendre les rounds des consultations. Et, ensuite, que ce même PJD a fait perdre au Maroc au moins deux longs mois puisqu’il s’engage, via ce communiqué, à accélérer la constitution du prochain Exécutif.

Le round des négociations a donc repris dès lundi 26 décembre. Et c’est avec  Aziz Akhennouch, le président du Rassemblement national des indépendants, que le chef de gouvernement a signé la reprise.  Au pays de la symbolique et en l’absence de vraies informations, faut-il y lire la place et l’importance qu’occupera le RNI au sein de la coalition gouvernementale ? Très probablement. L’accession du puissant homme d’affaires à la tête du parti fondé par Ahmed Osman l’ancien premier ministre et gendre de Hassan II, n’est pas fortuite non plus. Dans l’entourage proche de Aziz Akhennouch, l’on assure que l’homme veut imprimer un vrai tempo à l’action gouvernementale. De là à en faire un chef de gouvernement bis…  

Dans la soirée de ce même lundi, Abdalilah Benkirane a également rencontré Nabil Benabdallah, le secrétaire général du PPS, immédiatement après l’atterrissage de son avion.

Il faudra attendre le retour  de M. Benkirane de Mauritanie –son séjour devra durer 48  heures- pour que les consultations politiques reprennent. Certaines sources bien informées croient savoir que les choses iront très vite et que le gouvernement pourrait être nommé début janvier.