Un tumulte pour rien

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Est-ce que seul Benkirane a bloqué le pays ? Est-ce que politiquement tous les problèmes sont résolus ?

Le blocage a duré 6 mois plein, et au final, nous avons un gouvernement dirigé par le PJD, sans nouveautés extraordinaires. A part Benkirane, seul Yazami, l'ancien ministre du Budget qui a été infoutu de présenter un budget conforme en tant que Maire de Fès, a changé. El Yatim, président du syndicat islamiste, le remplace numériquement. Il va au ministère de l'emploi, ce qui est une incongruité certaine. Les nouveaux ne sont pas si neufs que ca, “Krimau”, Abdelkrim Ben Atik, Ouhalli, Talbi El Alami, ont été ministres sous Youssoufi il y a 20 ans. Les seuls vrais nouveaux sont quelques femmes. La sœur de Hassan Derham, Rkia, au nom de l'USFP, Mounia Boucetta, El Kihel au nom du MP. On peut en penser ce qu'on veut, mais puisqu'on est dans le quantitatif au nom de la discrimination positive, 25% c'est bon à prendre. Pour la qualité, qu'Afilal rebelote ne me paraissait pas d'une évidence éclatante. Surtout connaissant la qualité des militants historique du PPS. De même Bassima El Hakkaoui n'a pas démérité, elle a même initié des projets de lois qui vont dans le bon sens et aucun réellement rétrograde, mais on aurait pu espérer un autre profil.

Le cas d’Othmane El Ferdaouss est particulier. Bardé de diplômes, il montre son appétit pour la chose publique depuis des années, en particulier au travers d'une Newsletter qui avait du succès. Il est “repéré” depuis longtemps, il est consternant de voir que Driss Radi, neveu de Abdelouahed, qui a pris le nom de son grand père paternel, qui était chauffeur de taxi au début de sa vie active, contester cette nomination. C'est le mort qui tente de saisir le vif, ces gens n'ont pas compris que le Maroc ne peut plus se permettre des ministres incultes.

Au delà de ces questions de personnes, qui n'ont qu'une importance marginale, il faut se poser deux questions politiques fondamentales à mon avis. La première c'est est-ce que seul Benkirane a bloqué le pays ? La seconde c'est est-ce que politiquement tous les problèmes sont résolus ?

Benkirane a fait deux erreurs d'appréciation graves, celle concernant le rapport de force, et une autre concernant l'unité de son parti. Je le soupçonne plus d'être un intuitif, parfois d'exception, qu'un stratège. Il a cru pouvoir monnayer sa victoire électorale au prix fort, face aux autres acteurs. Sa volonté de mettre l'Istiqlal et le RNI ensemble a été interprétée comme une volonté de devenir le concepteur de l'échiquier politique avec 20% des voix. Inacceptable.

Il a cru en la solidarité de ses “frères”, ils l'ont lâché dès que le Roi a signifié la fin de la récréation. Il a oublié que la démocratie, et ses institutions offrent des rentes et que même les gens non corrompus y tiennent. Au delà, il y a un fait éminemment politique. Au PJD, en 2003, c'est Benkirane lui même qui a mené une politique de normalisation en s'alliant avec tout le monde, y compris en faisant des concessions au regard des résultats électoraux. C'est ce qui a permis au PJD de dépasser les effets du 16 mai. Le même Benkirane a contré le 20 février et s'est montré très conciliant. Mais il a passé son quinquennat en campagne contre un hypothétique cabinet noir. Sa gestion n'est pas des meilleures, les chiffres sont là. Mais a t-il géré ? Peut-être mais ce qui reste c'est sa recherche du clivage. Au sein même de son parti, au nom de la normalisation qu'il a prônée, certains, surtout les hauts dignitaires, estiment qu'il est allé trop loin. J'ai déjà connu ça, au sein de l'USFP, les cadres estimant que la direction avait fait trop de compromissions. Le résultat sera le même, les “purs” rentreront en dissidence.

La réponse à la deuxième question va encore m'attirer des foudres mais je n'en ai cure. La constitution de 2011 est déjà mise entre parenthèse. Quand Hassan Tariq dit “nous avons un gouvernement de G8 amélioré par le PJD”, ce n'est pas faux. La responsabilité n'incombe pas à un seul acteur. La société civile ne s'est pas saisie de la possibilité législative qui lui est offerte. Les émiettés ne jouent plus aucun rôle. Il n'y a pas de démocratie sans pouvoir, nous n'irons que de désillusions en désillusions. Il y a une autre voie, se mobiliser pour une vraie vision, impliquant tous les acteurs, tout en les rassurant, vers une monarchie parlementaire, à la marocaine, car il y a le poids de l'histoire. Le reste c'est du pipeau.