« L’opinion des jeunes » un fonds documentaire

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Mounir Rahmouni est mort. Mais son fonds documentaire est toujours présent...un véritable fonds documentaire sur les jeunes de 18 à 25 ans, qui; dans les années 70-80; n’étaient pas dans l’action politique, sur leurs attentes, leurs ambitions, leurs évolutions

Mounir Rahmouni, récemment décédé est sans doute le journaliste qui a reçu le plus grand nombre de courriers de toutesl’histoire du Maroc et peut-être du monde. Il a été le premier à instaurer une interactivité avec les lecteurs. « L’opinion des jeunes », c’était quatre pages, plusieurs fois par semaine. Les ventes du quotidien de l’Istiqlal grimpaient de manière vertigineuse ces jours-là.

Nous étions un certain nombre à rire des tentatives de poésie et du niveau de français de ces jeunes et parfois des réponses de feu Mounir Rahmouni. Présomptueux que nous étions. Quelques années après, « Al Ahdath » a ouvert une rubrique, plutôt centrée sur le sexe, qui a révolutionné la presse arabophone. Dans les deux cas, le succès a été énorme.

« L’opinion des jeunes » a fait l’objet de mémoires dans quelques facultés, malheureusement jamais publiés. En fait c’est un véritable fonds documentaire sur les jeunes de 18 à 25 ans, qui dans les années 70-80 n’étaient pas dans l’action politique, sur leurs attentes, leurs ambitions, leurs évolutions. Quarante ans après, je suis enclin à penser que c’est parce que nous avons été hautains, impuissants envers ces jeunes que nous n’avons pas pu, nous militants, les entraîner vers un projet commun. C’est un point d’histoire qui pourrait compter si un jour on veut évaluer l’action progressistes en vue de bâtir sur les ruines actuelles.

Aujourd’hui c’est l’internet qui recueille ces expressions libres; souvent individuelles, peu construites. Nous refaisons la même erreur, nous les prenons de haut sans même prendre la peine d’analyser ce qu’il y a derrière comme malaise, aspiration ou changement social.

« L’opinion des jeunes » exposait des problèmes de relations filles-garçons, ce n’était pas notre problème, à la fac on se débrouillait plutôt bien de ce côté là. La famille et son caractère pesant faisait partie du lot, nous avions lu Engels « L’origine de la famille de la propriété et de l’Etat » donc on zappe. C’est parce que nous n’avons pas voulu répondre aux questionnements de ces jeunes, sur le plan sociétal, en nous limitant au combat égalitaire que l’Islamisme les a récupéré avec ses réponses clé en main.

Mounir Rahmouni est mort. Mais son fonds documentaire est toujours présent. Si on veut une étude sérieuse sur l’état de la jeunesse, au moment où cela a basculé, il faudra que des sociologues s’en servent. Cela constituera un magnifique hommage à un homme qui a eu une intuition et qui, malgré son succès, est resté humble jusqu’au bout.