H. Zafrani à l’Académie du Royaume : Témoignage de la richesse des composantes spirituelles du Maroc

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L’Académie du Royaume du Maroc consacre une journée d’hommage à l’éminent humaniste que fut Haïm Zafrani (1922 – 2004), historien ayant mené sa vie durant des recherches sur ces communautés. L’un de ses principaux ouvrages s’intitule fort significativement « Deux mille ans de vie juive au Maroc. Histoire et culture, religion et magie ».

La Constitution de 2011 précise dans son Préambule que le Royaume du Maroc « Etat musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale…, entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen ». La référence solennelle dans ce Préambule à la diversité des composantes de l’identité marocaine ne pouvait que stimuler puissamment le sens d’appartenance commune des Marocains et leur attachement à la richesse du legs historique et culturel qu’ils ont en partage.   

Cas unique dans le monde musulman, l’inclusion de « l’affluent hébraïque » dans la Constitution, a été une source de grande fierté pour les Juifs marocains, où qu’ils soient. Elle a accru considérablement la prise de conscience de leurs compatriotes musulmans quant à l’importance de leurs apports à l’histoire du Maroc, sa civilisation, et son patrimoine.

Une volonté royale

C’est essentiellement ce que Sa Majesté le Roi Mohammed VI avait rappelé, avec force, dans son message lors de l’inauguration à Fès de la synagogue restaurée dite Slat al Fassiyine, le 13 février 2013 : "Cette inauguration, avait déclaré le souverain, se tient sous Notre Haut Patronage eu égard à l'intérêt particulier que Nous accordons au patrimoine culturel et spirituel de la communauté juive marocaine… (Cette) louable initiative dont le mérite revient à la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain… [est] le témoignage éloquent de la richesse et de la diversité des composantes spirituelles du Royaume du Maroc et de son patrimoine authentique. Ce patrimoine s'apparente à un véritable creuset dans lequel a fusionné la spécificité judéo-marocaine…  C'est précisément cette particularité hébraïque qui constitue aujourd'hui, ainsi que l'a consacré la nouvelle Constitution du Royaume, l'un des affluents séculaires de l'identité nationale… (Les) Marocains sont profondément imprégnés des valeurs de coexistence, de tolérance et de concorde entre les différentes composantes de la nation, sous l’impulsion et la direction éclairée du glorieux Trône Alaouite dont Dieu Nous a confié la charge suprême… ».

Le souverain qui, du vivant de son père,  le Roi Hassan II, avait en sa qualité de Prince héritier, accordé en février 1999 son haut patronage à l’inauguration d’une autre synagogue restaurée et classée par l’UNESCO, a également appelé dans son message de 2013 « à la restauration de tous les temples juifs dans les différentes villes du Royaume, de sorte qu’ils ne soient pas seulement des lieux de culte, mais également un espace de dialogue culturel et de renouveau des valeurs fondatrices de la civilisation marocaine ».

Les communautés juives, enracinées au Maroc depuis plus de deux millénaires, réparties à travers quasiment tout son territoire et fortes de plus de 250.000 âmes avant la fin des années 1940 et les profonds bouleversements provoqués sur la scène internationale par la Deuxième guerre mondiale,  ont de tout temps représenté l’une des principales composantes de la diversité ethno-religieuse et culturelle du pays, de la présence et des interactions sur son sol de populations venues de différentes provenances et agglomérées aux fonds autochtones.

La diversité juive

A l’instar des autres grands groupes, les Juifs eux-mêmes ne formaient pas un bloc monolithique sur les plans ethnique, culturel et socio-économique. Les uns, appelés Tochabim (« gens du pays »), se considéraient, du fait de l’ancienneté de leur établissement dans le pays depuis l’antiquité, comme étant partie intégrante de ses premiers habitants. Les autres, dits Meghorashim (« expulsés ») et au nombre d’environ 20.000 réfugiés à leur arrivée par vagues au Maroc, étaient, quant à eux, issus de flux migratoires, nettement plus tardifs, consécutifs à l’expulsion de leurs ancêtres de la péninsule ibérique par les Rois Catholiques à la fin du XVème siècle. Ce sont eux qui ont, progressivement, fini par imposer à leurs coreligionnaires autochtones, les Ordonnances dites de Castille, interdisant la polygamie.

A ce dernier groupement, porteur de toutes sortes d’affinités culturelles avec les Musulmans andalous ayant choisi de quitter la péninsule après la chute de Grenade se sont ajoutés par la suite, en sus des Morisques qui en ont été expulsés en 1609, des Marranes en nombre relativement plus réduit. Il s’agissait de Juifs ayant opté pour une conversion de façade au christianisme après 1492 pour éviter d’être chassés d’Espagne et du Portugal mais persécutés par l’Inquisition en leur qualité de néo-chrétiens dissimulant leur attachement au judaïsme. Alors que certains de ces éléments (i.e. la famille de Baruch Spinoza) fuyaient en direction des Pays-Bas en particulier, d’autres se sont réfugiés au Maroc aux XVIème – XVIIème siècles et y ont repris la pratique ouverte de leur religion. Ils se sont établis notamment à Fès et ailleurs dans l’hinterland, loin des régions littorales atlantiques constamment menacées par les Portugais qui y menaient des raids dévastateurs et y tenaient des places fortes.

Au – delà de leurs différences ethno-culturelles, les uns et les autres ont été partie prenante dans l’histoire du Maroc et dans les apports cumulatifs ayant contribué au façonnement de sa civilisation et de ses caractéristiques spécifiques.

Chercheur et pédagogue infatigable

L’Académie du Royaume du Maroc consacre une journée d’hommage à l’éminent humaniste que fut Haïm Zafrani (1922 – 2004), historien ayant mené sa vie durant des recherches sur ces communautés. L’un de ses principaux ouvrages s’intitule fort significativement « Deux mille ans de vie juive au Maroc. Histoire et culture, religion et magie ». Ce chercheur et pédagogue infatigable, qui a été, par ailleurs, étroitement associé après 1956 à l’introduction de l’enseignement de la langue arabe dans les programmes des écoles de l’Alliance Israélite Universelle devenue Ittihad al Maghrib, a conçu et rédigé ses livres et ses articles en se fondant sur une profusion d’archives et de toutes sortes de documents, notamment en hébreu. Ses publications, basées sur une approche scientifique rigoureuse, sont devenues depuis leur parution autant de références incontournables pour les chercheurs du monde entier travaillant sur le judaïsme marocain.

L’hommage qui lui est rendu par l’Académie du Royaume du Maroc en sa qualité de membre correspondant, sera l’occasion tant d’un retour sur ses travaux que de communications portant sur divers thèmes ayant trait aux Juifs marocains, à leurs conditions de vie dans les villes et les campagnes du pays, aux rapports inter-communautaires, et à l’esquisse d’un état des lieux et des perspectives de recherches sur le judaïsme marocain (toutes dimensions confondues) au Maroc même et à l’étranger.