Haïm Zafrani, un juif dans l’histoire contemporaine du Maroc à l’Académie du Royaume

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Les participants à la conférence, initiée, jeudi dernier à Rabat, dans le cadre du colloque international Haïm Zafrani, organisé par l'Académie du Royaume du Maroc, ont mis en avant la richesse et la diversité de la littérature judéo-arabe du Maroc.

Joseph Tedghi, professeur à l’Institut national des langues et civilisations orientales (France), a expliqué dans un exposé sur la littérature judéo-arabe du Maroc, que les juifs ont développé au Maroc une littérature judéo-arabe qui visait "un public plus populaire", parallèlement à une autre d’expression hébraïque destinée essentiellement aux milieux lettrés.

"Durant des siècles, cette production abondante et diversifiée a été véhiculée oralement ou consignée accessoirement dans des manuscrits, avant de connaître une plus large diffusion au lendemain du développement de l’imprimerie au Maroc au XXe siècle […] l’examen de ce corpus littéraire révèle une pluralité de genres, notamment des traductions et commentaires de textes bibliques, des liturgiques et des paraliturgiques, en plus des recueils de doctrines religieuses et d’éthique et bien d'autres œuvres. Il s’agit aussi de chroniques historiques, de contes et récits, de poésies et chansons, de proverbes, de pièces de théâtre, de journaux et périodiques et de littérature épistolaire,.

À l’évidence, la créativité en judéo-arabe témoigne non seulement des diversités culturelles constituant les marqueurs identitaires des sociétés judéo-marocaines, mais aussi de la richesse des différents dialectes et de leurs registres, a relevé Joseph Tedghi, indiquant que "de nos jours, cette production suscite, après avoir été délaissée, un engouement accru".

Sur les traces des juifs leurs pas aux confins des villes d’Akka et de Guelmim

Le professeur associé au département d'anthropologie de l'Université de Californie, Aomar Boum a, pour sa part, livré un aperçu historique de la longue histoire des communautés juives marocaines dans le Sahara marocain, revenant ainsi sur "leurs pas aux confins des villes d’Akka et de Guelmim".

M. Boum, qui a consacré l’essentiel de son cursus académique et universitaire à la présence juive au Maroc, a passé en revue la vie des sahraouis juifs et les aspects sociaux, religieux, culturels et politiques qui s'y rapportent, à travers une approche spatio-temporelle.

Citant le livre de feu Zafrani "Deux mille ans de vie juive au Maroc : Histoire et culture, religion et magie", le chercheur a assuré que cet humaniste avait toujours plaidé pour la régénération des écoles, de manière à encourager les recherches historiques, sociologiques et anthropologiques sur le judaïsme marocain.

Pour sa part, la directrice du centre d’études sur le Moyen-Orient, relevant de l’UC Berkeley, Emily Gottreich, a fait un exposé sur les perspectives de réécriture de l'histoire des juifs du Maroc, mettant en évidence l’œuvre riche du défunt historien feu Zafrani qui s’est basé dans ses travaux sur les piliers traditionnels de l'identité marocaine, à savoir le rite malékite, l’amazighité, l’européanisation et l’arabisme entre autres, afin d'expliquer les développements relatifs au judaïsme marocain. 

Le professeur à la Faculté Polydisciplinaire de Taza (université Sidi Mohammed Ben Abdallah de Fès), Hamid Titaou a souligné, dans un exposé intitulé "Marchands juifs et pouvoir politique sous les Mérinides", que cette dynastie a été relativement ouverte à la communauté juive marocaine, rappelant que les différents sultans mérinides ont entretenu des relations stables et pragmatiques avec les juifs marocains. 

Chercheur et pédagogue infatigable, H. Zafrani a été étroitement associé, après 1956, à l’introduction de l’enseignement de la langue arabe dans les programmes des écoles de l’Alliance israélite universelle, devenue Ittihad Al Maghrib. Il a conçu et rédigé ses livres et ses articles en se fondant sur une profusion d’archives et de toutes sortes de documents, notamment en hébreu. 

L’un de ses principaux ouvrages s’intitule fort significativement "Deux mille ans de vie juive au Maroc: Histoire et culture, religion et magie". Ses publications, basées sur une approche scientifique rigoureuse, sont devenues depuis leur parution autant de références incontournables pour les chercheurs du monde entier travaillant sur le judaïsme marocain.

Ont pris part à cette conférence, qui s'est déroulée en présence de M. André Azoulay, conseiller de SM le Roi, une pléiade d'académiciens, de professeurs et de chercheurs de renom.

Dans une déclaration à la presse en marge d'un colloque international organisé par l'Académie en hommage à Haïm Zafrani, M. Azoulay a relevé que "personne n'a travaillé avec la rigueur, la constance et la profondeur de Haïm Zafrani sur la diversité de notre pays tant au niveau culturel, spirituel et philosophique".

Il s'est dit ravi de l'organisation de cet hommage à M. Zafrani par l'Académie à laquelle il a appartenu depuis sa création, tout en assurant que "cette initiative permettra au grand public de prendre la juste mesure de ce que nous a légué Haïm et de ce que son travail peut nous apporter".

M. Azoulay a également estimé que cette initiative "nous incitera à approfondir et à relayer la démarche visionnaire et pionnière de Haïm Zafrani, initiée depuis le début des années 60 et qui reste une pièce centrale de notre déterminisme historique".

Lahjomri : H. Zafrani, une référence pour les chercheurs sur le judaïsme marocain

De son côté, Elie Serge Zafrani, chercheur à l'Institut Pasteur à Paris et fils de Haïm Zafrani, a indiqué que son père était "extrêmement attaché" à Essaouira où il a travaillé en tant qu'instituteur avant d'exercer le même métier à Casablanca dans une école de dessin industriel et d'électricité.

Haïm Zafrani a milité pour l'indépendance du Maroc en 1956, ainsi que pour l'enseignement de la langue arabe dans les programmes des écoles de l'Alliance israélite universelle devenue Ittihad al Maghrib, a fait savoir Serge Zafrani.

En France, le défunt avait commencé son travail académique sur l'histoire des Juifs du Maroc et surtout sur les relations étroites entre les juifs et les musulmans aussi bien dans la vie culturelle, spirituelle et philosophique, a précisé Serge Zafrani.

Pour sa part, le secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume du Maroc, M. Abdeljalil Lahjomri a indiqué dans une allocution à l'ouverture du Colloque que M. Zafrani, membre correspondant de l'Académie depuis 1991, est l'auteur d'une riche bibliographie sur le judaïsme au Maroc et dans les pays musulmans.

Il s'agit d'ouvrages de référence qui traite de l'histoire des juifs au Maroc tant sur le plan historique, sociologique, économique que juridique, a ajouté M. Lahjomri, notant que l'auteur s'est également intéressé aux affluents judaïques dans la culture marocaine et a accordé une grande importance au patrimoine juif dans toutes ses formes d'expression.

Sur le volet historique, M. Lahjomri a rappelé que le Maroc a continuellement émis des Dahirs et des lois qui organisent le travail des tribunaux hébraïques, notamment en matière de statut personnel et successorale, ce qui dénote de l'importance que le Royaume a toujours accordé aux Juifs du pays.

Le Maroc, terre de tolérance et d'ouverture et un carrefour du dialogue des civilisations et des religions, a toujours veillé à préserver la liberté de culte pour les juifs, à respecter leurs lieux de cultes et à préserver leur héritage culturel et religieux, a-t-il souligné, faisant savoir que cela a été consacré par l'inclusion de "l'affluent hébraïque" dans la Constitution de 2011.

Cet hommage est donc l'occasion pour l'Académie du Royaume de célébrer le pluralisme culturel et civilisationnel du Maroc à travers une conférence scientifique qui met en avant les apports de Haïm Zaafrani aux travaux de cette Académie, a poursuivi M. Lahjomri.

L'Académie du Royaume du Maroc consacre une journée d'hommage à l'éminent humaniste que fut Haïm Zafrani, historien dont l'un des principaux ouvrages s'intitule significativement "deux mille ans de vie juive au Maroc. Histoire et culture, religion et magie".

Ce chercheur et pédagogue infatigable a conçu et rédigé ses livres et ses articles en se fondant sur une profusion d'archives et de toutes sortes de documents, notamment en hébreu. Ses publications, basées sur une approche scientifique rigoureuse, sont devenues depuis leur parution autant de références incontournables pour les chercheurs du monde entier travaillant sur le judaïsme marocain.