J’ai vu la révolution du sourire advenir

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J’ai vu le peuple guérir de sa peur endémique.

J’ai vu des millions de marcheurs, de toutes conditions, de toutes générations, porter la même dynamique.

J’ai vu la révolution pacifique déjouer les prévisions politiques.

J’ai vu la liesse populaire démentir les prédictions apocalyptiques.

J’ai vu disparaître du jour au lendemain des discriminations ancestrales. J’ai vu des fonctionnaires se rebeller contre leur administration centrale. J’ai vu des oligarques se dissoudre dans leur image spectrale.

J’ai vu des professeurs vulgariser leur rhétorique magistrale.

J’ai vu des étudiants s’organiser en collectivités autonomes et plurales.

J’ai vu des citadins partager leurs repas dans les grandes artères.

J’ai vu des réjouissances dans des demeures austères.

J’ai vu des jeunes neutraliser les actions délétères.

J’ai vu les incompétences s’engloutir dans leur abyssal cratère.

J’ai vu se démettre ministres et se déconstruire ministères.

J’ai vu chanter dans la foule les destinées miséreuses.

J’ai vu s’illuminer d’espérance les masures ténébreuses.

J’ai vu surgir de partout des femmes valeureuses.

J’ai vu fleurir dans les forums spontanés des intelligences éclaireuses.

J’ai vu s’évaporer les croyances poussiéreuses.

J’ai vu des familles divisées de nouveau se réunir.

J’ai vu des interférences dogmatiques s’abstenir.

J’ai vu de nouvelles références se définir.

J’ai vu la révolution du sourire dessiner une autre devenir.

Mustapha Saha parle au Quid de Yasmina

Yasmina Chellali est une amie algérienne et parisienne. Je suis en train de lui consacrer un livre. Un parcours exceptionnel. Elle a 82 ans. Elle revient à Paris après un séjour de deux mois à Alger parce qu'elle a voulu vivre, selon ses mots, la révolution en direct. Elle est mariée au mythique Commandant Azzedine qui, quoi qu'on lui reproche, a toujours refusé de se compromettre avec le népotisme en place depuis l'indépendance. Yasmina Chellali fait partie, dans les années cinquante, du groupe des huit collégiennes activistes du fln, avec notamment Djemila Boupacha. Elle est déportée par les français à Paris, dans une institution catholique, qui l'inscrit dans une école de couture. Elle entre dans les ateliers du grand couturier révolutionnaire Jacques Esterel, où elle réalise la fameuse robe vichy de Brigitte Bardot. Jacques Esterel, pour marquer son engagement anticolonialiste, fait de Yasmina un mannequin vedette et lance la vogue des modèles de petite taille twiggy. Voilà l'algéroise en couverture des grands magazines... Yasmina retourne en Algérie pendant les négociations d'Evian. Elle est de nouveau arrêtée par les militaires français et ne doit son salut qu'à la proclamation de l'indépendance. Après quoi, elle fonde la haute couture algérienne et continue à vivre entre Paris et Alger. Une incroyable passerelle culurelle. Pendant la décennie noire, elle est l'objet de deux attentats des islamistes dont elle échappe par miracle. Elle décide alors de s'installer définitivement à Saint-Germain-des-Prés où elle a toujours gardé un habitat... 

Yasmina Chellali

1) Yasmina Chellali en 1962 après l'indépendance de l'Algérie.

 

 

2) Yasmina Chellali, mannequin vedette et styliste à Paris en 1960 avec le grand couturier Jacques Esterel.

 

3) Yasmina Chellali avec l'écrivaine Fadela M'Rabet à Paris en 2018. Phorographie (c) Elisabeth et Mustapha Saha.

 

4) Yasmina Chellali à Paris en 2018. Photographie (c) Elisabeth et Mustapha Saha.