L’Académie du Royaume du Maroc se penche sur l’évolution de l’Islam africain

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L'Académie du Royaume du Maroc a organisé, jeudi soir à Rabat, une conférence-débat sous le thème "y-a-t-il un Islam africain?", dont l'objectif est de sensibiliser le grand public aux problématiques antérieures et actuelles relatives à l’islamisation de l’Afrique.

Initiée dans le cadre des activités culturelles et scientifiques de l'Académie du Royaume du Maroc, la conférence a été animée par le Professeur Roman Loimeier, anthropologue à l’Université allemande de Göttingen, qui a mis l’accent sur "l'évolution de l’Islam dans le continent africain et sur les diverses traditions régionales de l’Islam ayant généré des identités distinctes".

Dans son intervention, M. Loimeier a indiqué que ce vaste continent ne peut en effet contenir une expression unique et continentale de l’Islam, étant donné que les expériences historiques africaines de cette religion ont été variées et multiples de manière à ce qu’elles n’ont pu en dégager une conception "africaine" unique.

"Lorsqu’il s’agit des sociétés musulmanes et de l’Islam en Afrique, nous devons constater qu’il n’y a pas une forme unique et rigoriste de la religion que ce soit dans le continent africain ou dans le monde musulman en général", a-t-il fait observer.

A titre d’exemple, on peut identifier une dizaine de traditions régionales diverses de l’Islam qui ont généré des identités distinctes dans différentes régions dont particulièrement l’Égypte, le Maghreb, les peuples du Sahel, les territoires situés sur la côté de Guinée, la vallée du Nil (actuel Soudan), l’Éthiopie et le Corne de l’Afrique (Somalie), a-t-il précisé.

Il importe, selon lui, de mettre l’accent sur les différences entre les communautés musulmanes du continent, mais pas uniquement leurs aspects géographiques, culturels, historiques et régionaux ou leurs modes d’interaction avec d’autres traditions religieuses. "Leur diversité est liée au fait que l'acceptation de l'Islam comme religion a toujours été l'émanation d'un processus sélectif", a-t-il renchéri.

Le conférencier a dans ce sens relevé que l'Islam africain est marqué par une multitude de tendances à la fois intrinsèques à cette religion elle-même, mais elles découlent aussi de son ouverture sur d'autres religions monothéistes, tout comme sur les pratiques religieuses et cultes africains.

Afin d’expliquer cette notion d’unité et de diversité, a-t-il poursuivi, il est primordial de visualiser l’Islam comme des rituels, des traditions partagées, des normes et des valeurs ainsi qu’à travers un certain nombre de textes clés tels que le Coran, la Sunna du Prophète et plusieurs textes juridiques et théologiques, a-t-il ajouté.

Le secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume du Maroc, Abdeljalil Lahjomri, a de son côté indiqué que cette rencontre représente un prélude à un cycle de conférences permettant de sensibiliser le grand public aux problématiques antérieures et actuelles relatives à l’islamisation de l’Afrique.

Sous cet angle, il a noté que ce cycle se déroule au rythme d’une conférence par mois et fait intervenir des experts, des historiens, des universitaires et des chercheurs de divers horizons.

M. Lahjomri a d'autre part souligné que l’Académie, en partenariat avec l’Institut du Monde arabe, le ministère de la Culture et de la communication et la Fondation nationale des musées du Maroc, organisera du 16 octobre 2019 au 25 janvier 2020, une exposition dont le thème porte sur "Trésors d’Islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar".

A travers l'exposition, l’Académie tend à consacrer la convergence et l’interférence entre les différents champs du savoir que ce soit scientifique, académique ou artistique, a-t-il expliqué, soulignant qu'elle mettra en évidence la recherche scientifique dans les divers domaines comme l’histoire et l’anthropologie.

Cette conférence a été marquée par la présence notamment de l’ex-président du Conseil national des droits de l'Homme, Driss El Yazami, des membres de l'Académie du Royaume du Maroc, ainsi que d’une pléiade d’universitaires marocains et étrangers, historiens et étudiants doctorants.