L’œuvre d’Abdelkébir Khatibi sous toutes les coutures

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L’Académie du Royaume du Maroc célèbre le romancier marocain Abdelkébir Khatibi du 20 au 22 mars courant.Afin d’honorer la mémoire de cette personnalité qui de son vivant ne faisait pas partie des académiciens que compte l’institution, et de perpétuer le questionnement autour des thématiques chères au défenseur de l’aimance, de la bilingue et du Maghreb pluriel, l’Académie du Royaume du Maroc organise un colloque international sous le titre « Abdelkébir Khatibi, quels héritages ? ».

Plusieurs écrivains, chercheurs, artistes, universitaires, doctorants sont conviés à un débat fécond, critique et ouvert porteur des héritages possibles de l’œuvre d’Abdelkébir Khatibi alimentée par d’autres œuvres qui lui sont proches.

À la faveur d’approches pluridisciplinaires et de connexions entre créateurs, l’Académie du Royaume souhaite que cette exploration recouvre les divers champs intellectuels parcourus par l’écrivain qui, de la sémiologie du signe et de l’image à l’essai, en passant par la poésie, le roman et la critique littéraire, composent l’itinéraire d’un penseur cosmopolite.

Cet hommage est une tentative de réponse et une réhabilitation d’une de nos mémoires intellectuelles et culturelles les plus fécondes.

Abdelkébir Khatibi est connu par sa curiosité intellectuelle et sa fidélité jusqu’au dernier souffle à son pays le Maroc, auquel écrivait-il, « il devait sa naissance, son nom, son identité initiale, son histoire, sauf le récit de sa liberté d’esprit ».  

C’est précisément cette liberté que l’Académie du Royaume du Maroc souhaite explorer, reparcourir en sa compagnie avec cette hospitalité intellectuelle qui lui était coutumière et cette courtoisie des mots sculptés dans la nuance. « Il portait sur le monde un regard perspicace, pertinent, sensible et lucide. Toujours à l’affût de nouvelles quêtes, ses pérégrinations invitent la pensée curieuse de l’Autre au partage des ressources du langage dans une intimité sans complaisance, convaincu que ce sont les intellectuels qui rendent possible le passage de l’action en œuvre quelle que soit la nature de cette dernière. Seule l’œuvre permet d’entretenir la mémoire et tout artiste qui y contribue, devient un intellectuel engagé », note l’Académie du Royaume.

L’homme réservé, souvent silencieux, parfois incompris a su imposer ses idées au fil des années et ses ouvrages nombreux et importants attestent, s’il y a lieu de le rappeler, de sa large contribution à la littérature universelle. Écrivant en français et traduit dans plusieurs langues, il a pu toucher un public aussi large qu’éclectique. Car Abdelkébir Khatibi, c’est aussi l’homme d’un ensemble de disciplines et de divers genres littéraires.

L’intellectuel romancier, poète et dramaturge est une figure de proue contemporaine dont la pensée est au cœur de notre modernité.

Bien avant la création du concept de littérature-monde, Abdelkébir Khatibi fut à l’avant-garde des changements de mentalités et de perceptions. A quoi tient ce palmarès atypique ? À une personnalité d’honnête homme au sens que lui donnait le siècle des Lumières, à un lecteur curieux et infatigable découvreur de textes.

Parce qu’il était un « traverseur » exigeant entre les cultures et les sociétés, Abdelkébir Khatibi incarnait le sens de la liberté engagée. Penseur hors frontières, il a cheminé entre la sociologie, la philosophie, la psychanalyse, la création et la critique littéraire avec plus d’une trentaine de livres. Ainsi, progressivement et contre des idéologies pugnaces et offensives, il a initié et développé au Maroc, en particulier, une stratégie d’écriture fondée sur la non-violence, éprise des marges, respectueuse de la différence et résolument tolérante. Legs précieux à l’humanité, elle réclame de nouvelles lectures et de nouveaux questionnements.

En ouverture de ce colloque, l’allocution du Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc Abdeljalil Lahjomri, suivie de la conférence inaugurale prononcée par Adonis, le poète né en 1930 sous le thème «  Fonder le questionnement, questionner le fondement dans la pensée arabe ».

Quatre axes essentiels s’inscriront dans la continuité de ce parcours intellectuel :

Axe I : Langues, Fiction et critique littéraire

À travers les langues d’écriture, qui naissent, se nourrissent et grandissent au double miroir du tempérament naturel et des contraintes historiques, lieu d’écriture de la mouvance où se construisent simultanément le partage et la différence.

Axe II : Peinture, image, trace, et inscription

Présence-absence du corps, dont l’inscription nomade institue le déplacement comme principe qui frappe d’inanité des notions comme le centre et la périphérie.

Axe III : Ethique de l’échange

Sujet ambigu, à l’origine de la tension créatrice et traversé par des forces contradictoires. Cette exploration dans l’univers intellectuel contemporain et son rapport au « comment écrire » et au « comment dire » devraient mettre le doigt sur des filiations, des influences mais aussi des différences et cultiver l’esprit de la nuance si cher à Abdelkébir Khatibi.

Axe IV : Histoire et Modernité

Khatibi, c’est aussi un regard nouveau sur la sociologie marocaine. Il y concourt avec une curiosité agissante qui le conduit à la rencontre des artisans, des artistes, des peintres, du travail des mains et de l’esprit à partir d’une relecture de l’histoire marocaine aux prises avec elle-même pour de nouvelles expériences.

Le Comité scientifique et d’organisation sera composé de:

› Professeur Assia Belhabib (Université Mohammed V)

› Professeur Mustapha Bencheikh (Enseignant chercheur)

› Docteur Jalil Bennani (Psychiatre et psychanalyste)

› Professeur Abdelfattah Lahjomri (Université Hassan II)

› Professeur Bachir Tamer (Université Mohammed V)

› Professeur Noureddine Affaya (Université Mohammed V)

Au programme du jeudi 21 mars :

Un colloque sera présenté par Assia Belhabib, professeure  de l’enseignement supérieur, membre  du comité d’organisation. Ce colloque mettra en lumière « Les paradoxes du devenir ».

Séance 1 : Les langues, fiction, et critique littéraire

Cette séance sera modérée par M. René de Ceccatty).

Cette séance connaîtra la participation de :

-Francis Claudon, Professeur émérite. Université Paris-Est et Université de Vienne : « Portrait de l’artiste en doctorant »

-Lucy McNeece, Professeure émérite à l’Université du Connecticut se penchera sur « Une langue qui n’en est pas une : l’écriture polygraphique d’Abdelkébir Khatibi »

-Assia Belhabib, Professeure de l’enseignement supérieur. Université Mohammed V, Rabat. « L’intranquilité du sens »

Séance 2 : Ethique de l’échange, modérée par Mme Raja Ben Slama. Cette séance connaîtra la participation de :

-Martine Mathieu-Job, Professeure émérite. Université Bordeaux Montaigne « Dialoguer avec l’autre en soi : l’écriture autobiographique selon Abdelkébir Khatibi».

-Abdeslam Benabdelali, Ecrivain, traducteur et Professeur à l’Université Mohammed V, Rabat. « Khatibi et l’universalisme »

-Rita El Khayat Écrivain, médecin psychiatre- psychanalyste et anthropologue, Casablanca. « Abdelkébir Khatibi, mon frère, mon ami...Entre l’affect et l’intellect »

-Mohamed Cheikh, Professeur. Université Hassan II, Casablanca « Khatibi et la question de la tolérance ».

Au programme du Vendredi 22 mars :

Séance 3 : Histoire et Modernité. Modérée par M. Nao Sawada.

Cette séance connaitra la participation des intervenants :

-Fethi Benslama, Psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique. Université Paris Diderot.« Raison et déraison en islam avec Khatibi »

-Nabil El Jabbar, Professeur de littérature francophone. Université Ibn Tofaïl, Kénitra.« Le pari du poète, hommage à Abdelkébir Khatibi»

-Ahmed Boukous, Universitaire, enseignant de linguistique à l’Université Mohammed V, Rabat. « Abdelkébir Khatibi, penseur de la différence »

-Jalil Bennani, Psychiatre et psychanalyste, Rabat.« La rencontre de Khatibi avec la psychanalyse »

-Nao Sawada, Professeur. Université Rikkyo, Tokyo.« Khatibi et la culture japonaise

-René de Ceccatty, Auteur et éditeur, Paris.« Le rapport de Khatibi avec le Japon

Minol Kolin (Court-métrage : La balade dans Tokyo d’Abdelkébir Khatibi (2007)

-Raja Ben Slama, Professeure de littérature et de civilisation arabes. Université Manouba. « La réception de Khatibi en Tunisie et dans le monde arabe»

-Mustapha Bencheikh, Professeur de littérature française et francophone. « Le chemin d’un résistant pacifique».

Séance 4 : Image, trace et inscription

Cette séance sera modérée par Mme Martine  Mathieu-Job . Cette séance connaîtra la participation de  Nao Sawada, Professeur. Université Rikkyo, Tokyo. « Khatibi et la culture japonaise » 15h00-15h30 René de Ceccatty, Auteur et éditeur, Paris. « Le rapport de Khatibi avec le Japon »  

Minol Kolin Court-métrage : La balade dans Tokyo d’Abdelkébir Khatibi (2007)

Raja Ben Slama, Professeure de littérature et de civilisation arabes. Université Manouba. « La réception de Khatibi en Tunisie et dans le monde arabe »

Mustapha Bencheikh, Professeur de littérature française et francophone. « Le chemin d’un résistant pacifique »