La connaissance dans la peau, l’Afrique comme ambition

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Du 20 au 22 mars l’Académie du Royaume du Maroc a fait revire le sociologue et romancier marocain Abdelkébir Khatibi, le temps d’un conclave culturel pour prospecter les multiples facettes du « récit de liberté d’esprit ». Le Mazaganais qui entretenait une relation particulière avec la mer, aimait s’identifier comme Atlante par analogie à méditerranéen.

Dans le bleu de l’Atlantique qui borde El Jadida il a été exploré sa Mémoire tatouée, une introspection sans merci dans la question identitaire dans ce style qui lui est propre, profond et complexe, travaillé parfois à l’excès. Et qui d’autre que Abdelakebir Khatibi pour aller titrer Vomito Blanco un essai sur la conscience malheureuse qui a servi aux Occidentaux d’égout pour l’évacuation de la malédiction juive sur les Palestiniens.

L’évènement on le doit à un personnage de roman à l’élégance vintage, aux cheveux plus sel que poivre, qui hante l’univers des livres, de la réflexion et des auteurs pour en extraire la sève qui pourrait contribuer à l’amélioration de l’homme et de son environnement. Abdejlil Lahjomri est depuis 2015 secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume, une institution tombée dans l’oubli, qui a failli mourir de sa léthargie.

Depuis, une centaine de figures de la pensée dans ses différentes disciplines sont passés par l’Académie. A travers les passages obligés et les hommages dus, elle est arrivée pour l’année en cours à prendre en charge une thématique africaine à la recherche d’une nouvelle lecture de sa chronique. L’Afrique, « berceau de l’humanité », est aujourd’hui un continent émergeant en même temps qu’il est sous toutes sortes de menaces. Impérialistes, pour recourir à un lexique lui aussi vintage, mais d’une actualité brûlante. Il s’agit pour Abdejlil Lahjomri, conjoncture oblige, « de sensibiliser le grand publique [à travers une approche pluridisciplinaire] aux problématiques antérieures et actuelles relatives à l’islamisation de l’Afrique ».

Une semaine avant la célébration de Abdelkbir Khatibi, l’Académie recevait un conférencier dont les préoccupations croisent ceux du secrétaire perpétuel : Affronter le déni d’histoire qui fait, entre autres, dire à un président français que l’Afrique n’est pas suffisamment entrée dans l’histoire, et sortir les connaissances sur le continent des cercles académiques forcément restreints et souvent cloisonnés. François-Xavier Fauvelle, c’est de lui qu’il s’agit, occupe une chaire dédiée à l’histoire du continent africain au Collège de France et s’y consacre passionnément  à la recherche archéologique avant que les progrès que connait l’Afrique ne fassent disparaitre des sites entiers*.

Il est de bon ton actuellement de répéter que la première déclaration des droits de l’homme n’est pas celle de Paris en 1948, mais de Mandé, au Mali, en 1222, sept siècles auparavant. Cependant l’histoire de l’Afrique commence il y a 7 millions d’années avec l’apparition des Homo Sapiens. Dans un entretien avec Jeune Afrique, François-Xavier Flauvelle a une jolie saillie : « Certes, les Homo Sapiens sont sortis d’Afrique, mais ils y sont aussi restés. » Qu’y ont-ils fait au-delà de ce que nous est transmis par l’exotisme des Safari ? F. Flauvelle qui dirige un site archéologique au Maroc, s’est donné pour mission de le savoir. Après le Maroc, il part pour l’Ethiopie dans la même quête. Avec deux soucis vitaux pour les connaissances sur le continent. Trouver un endroit pour leur transmission et l’incitation des gouvernements à l’investissement dans la recherche archéologique avant qu’il ne soit trop tard. Des soucis qui pourraient tout aussi bien être les nôtres, qui devraient être les nôtres tant nous sommes africains et tant l’Afrique nous intéresse.

*Jeune Afrique