Lahjomri:''Khatibi,une figure de proue contemporaine dont la pensée est au cœur de notre modernité''

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L’Académie du Royaume du Maroc célèbre le romancier  marocain Abdelkébir Khatibi du 20 au 22 mars courant à travers le colloque « Abdelkébir Khatibi, quels héritages ? ».

Afin d’honorer la mémoire de cette personnalité qui de son vivant ne faisait pas partie des académiciens que compte l’institution, et de perpétuer le questionnement autour des thématiques chères au défenseur de l’aimance, de la bilingue et du Maghreb pluriel.

Intervenant à l’ouverture de ce colloque mercredi 20 mars, le secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume du Maroc, Abdeljalil Lahjomri a affirmé que feu Abdelkébir Khatibi a su imposer ses idées au fil des années, en tant que grand écrivain et intellectuel marocain, notant que ses ouvrages, nombreux et importants, attestent de son excellent parcours intellectuel et de son amour pour son pays et pour le développement d’une pensée littéraire contemporaine honnête.

M. Lahjomri a mis en avant la contribution riche dans la littérature universelle de cet écrivain, dont les œuvres en français ont été traduites en plusieurs langues, ajoutant qu' « Abdelkébir Khatibi est un grand homme, dont le parcours est façonné par un ensemble de disciplines et de divers genres littéraires ». « L’intellectuel, romancier, poète et dramaturge est une figure de proue contemporaine, dont la pensée est au cœur de notre modernité », a affirmé le secrétaire perpétuel de l'Académie du Royaume du Maroc.

Lors de cette messe culturelle, une panoplie de chercheurs, écrivains, artistes, universitaires, doctorants ont été onviés à un débat fécond, critique et ouvert porteur des héritages possibles de l’œuvre d’Abdelkébir Khatibi alimentée par d’autres œuvres qui lui sont proches.

La deuxième journée du colloque jeudi 21 mars, a été modérée par M. René Ceccatty. Celui-ci est l’auteur d’une trentaine de romans, dont L’Accompagnement, Aimer, Raphaël et Raphaël, des essais dont Noir souci et des biographies Pasolini, Callas, Moravia, chez Gallimard, au Seuil et chez Flammarion. Editeur aux éditions du Seuil et traducteur d’italien et de japonais, il écrit aussi pour le théâtre et le cinéma. Il publie un récit sur Greta Garbo, Un renoncement (mars 2013).

Intervention de René de Ceccatty : « Le rapport de Khatibi avec le Japon »

« Abdelkébir Khatibi propose dans Ombres japonaises une lecture d’Eloge de l’ombre de Junichirô Tanizaki. Je me propose de lire à mon tour ce texte et de le commenter à la lumière de la poésie japonaise et de certains thèmes abordés par Tanizaki, dans le reste de son œuvre, et repris par Khatibi. Que devient l’idée même de Japon lorsqu’un écrivain japonais tente de la réduire à quelques concepts censés opposer des formes de pensée orientale et occidentale et lorsqu’un écrivain d’une autre culture la transfigure à son tour ? Sôseki, un quart de siècle avant Tanizaki, dans Oreiller d’herbes, avait tenté, après un séjour en Occident (en Ecosse notamment), de définir l’approche orientale du sentiment poétique, à travers l’expérience de la peinture. Dans quelle mesure est-il possible de tenir un discours général sur l’esthétique et le mode de vie japonais, indépendamment des époques, des parcours individuels des artistes et des conditions spécifiques de leur existence ? Et je tenterai de souligner les dangers d’un impressionnisme conceptualisé en termes généraux, en esquissant une confrontation avec L’Empire des signes de Roland Barthes ».

En ouverture, un colloque a été présenté par Assia Belhabib, professeure  de l’enseignement supérieur, membre  du comité d’organisation. Ce colloque a mis en lumière « Les paradoxes du devenir ».

Assia Belhabib est Professeure de l’enseignement supérieur en littérature française, francophone et comparée à l’Université Mohammed V (Rabat) et critique littéraire. Son domaine de prédilection est l’interculturel et ses nombreux travaux publiés sont marqués par une exploration de la littérature dans sa dimension universelle. Elle a publié entre autres, La langue de l’hôte, Lecture de Abdelkébir Khatibi (2009).

Elle est la directrice de publication de l’ouvrage collectif Littérature et Altérité (2009), de l’ouvrage collectif en hommage posthume à Abdelkébir Khatibi Le jour d’après (2010) et de l’ouvrage collectif Quand le printemps est arabe (2014).

La présentation de Mme Belhabib a été suivie par l’intervention  de Francis Claudon, professeur émérite à l’Université Paris-Est et Université de Vienne mettra en lumière « Portrait de l’artiste en doctorant ».

Francis Claudon est Professeur émérite de l’Université Paris-Est et de l’Université de Vienne (Autriche). Il est l’auteur, en particulier, de Précis de littérature comparée (Nathan 1992), de Encyclopédie du Romantisme (1991), La musique des romantiques (1992), Le Voyages Romantique (1986). Francis Claudon est considéré comme le spécialiste incontesté de l’histoire des idées (XVIIIe-XIXe siécle).

Intervention de Francis Claudon « Portrait de l’artiste en doctorant »

« A partir du Roman Maghrébin de Khatibi, relu dans ses deux versions (la thèse sous la direction de Jacques Berque à l’EPHE en 1965, conservée en salle de réserve : Le roman maghrébin d’expression arabe et française depuis 1945 essai sociologique puis le livre publié chez Maspéro en 1968) Réflexion sur le roman (est-ce une forme européenne comme le présentait l’éditeur ?) et sur la notion de Maghreb/Afrique du Nord (définition historique? géographique? sociologique? linguistique ? etc.) ».

Le deuxième intervenant Lucy McNeece, professeure émérite à l’Université du Connecticut se penchera sur la thématique « Une langue qui n’en est pas une : l’écriture  polygraphique d’Abdlkébir Khatibi ».

Lucy McNeece est Professeure émérite de l’Université du Connecticut où elle a enseigné les littératures comparées ainsi que celles francophones. Diplômée d’un doctorat de l’Université de Harvard, elle vient de finir une maitrise en littérature arabe moderne à INALCO à Paris. Ses écrits portent sur les littératures du Maghreb et du Moyen-Orient.

L’intervention : « Une Langue qui n’en est pas une : l’écriture polygraphique d’Abdelkébir Khatibi »

En m’appuyant sur ses écrits sur les arts visuels (la peinture, la mosaïque et le tissage des tapis), puis sur certains de ses récits (La Mémoire tatouée, Amour bilingue, La Langue de l’autre), je vise à cerner la spécificité intraitable de la pensée et la langue de Khatibi, qui toutes les deux portent la marque des arts plastiques ainsi que des rythmes du jazz. Toute son écriture va à l’encontre de la conviction de Lessing que la poésie et la peinture soient des arts foncièrement opposés, tout comme ses écrits contestent l’opinion de Platon que les arts s’éloignent de la vérité.

Pour Khatibi, l’écriture est un art à la fois temporel et spatial, et les arts visuels sont aussi une forme d’écriture à la fois théorique et matérielle qui se découvre dans la lecture du regard. La pluralité de sa perspective rend possible une vision qui expose l’hypocrisie des idéologies qui s’érigent en systèmes absolus.

Le professeure Assia Belhabib reviendra lors de cette première séance dans son intervention « L’intranquilité du sens ».

« Certains livres comme ceux d’Abdelkébir Khatibi conduisent sur le terrain miné du sens à construire à partir d’un jeu de déconstruction cher à son ami Jacques Derrida. Comment le sens peut-il engendrer l’intranquillité ? Ce sentiment d’inconfort est-il légitime ? Pourquoi lire et relire, aujourd’hui, Khatibi ? Ce penseur prolixe nous parle-t-il encore ? Dans notre XXIème siècle, sa singularité déconcerte. Intellectuel et poète, il glisse sans prévenir de la réflexion la plus nuancée à l’engagement le plus inflexible ».

La deuxième séance « Ethique de l’échange » sera modérée par Mme Raja Ben Salma. Cette séance verra la participation de  Martine Mathieu-Job, professeure émérite à l’Université Bordeaux Montaigne. La thématique de son intervention sera sous le sujet «  Dialoguer avec l’autre en soi : l’écriture autobiographique  selon Abdelkébir Khatibi ».

Martine Mathieu-Job est Professeure émérite à l’Université Bordeaux Montaigne. Elle a enseigné à l’Université de La Réunion, Maurice, Tunis, et Bordeaux Montaigne. Elle a dirigé des laboratoires et des programmes travaillant sur les identités culturelles, l’autobiographie et l’intertextualité dans les littératures francophones ; elle a publié des études sur des œuvres maghrébines et réunionnaises, des essais, des articles, des traductions d’ouvrages critiques sur les littératures francophones coloniales et postcoloniales du Maghreb et de l’océan Indien.

L’intervention de Martine Mathieu-Job: « Dialoguer avec l’autre en soi: l’écriture autobiographique selon Khatibi »

« Aux deux extrémités de sa production littéraire, Abdelkébir Khatibi se livre à un exercice d’écriture autobiographique qui, loin de révéler une obsession égotique, pose les jalons de sa théorie d’une écriture « décolonisée » dont l’hybridité déconstruit toute conception d’appropriation naturelle d’une langue et surtout toute conception d’intégrité identitaire. Cette écriture fait écho à des pensées de l’altérité, celle qui se révèle dans le frottement à l’autre, mais surtout dans l’épreuve de l’autre en soi ».

La dernière intervention de la matinée du colloque sera présentée par Abdeslam Benabdelali , l’écrivain et traducteur et professeur à l’Université Mohammed V de Rabat, sous le thème « Khatibi et l’universalisme ».

Dans la séance d’après-midi, c’était Mme Rita El Khayat, écrivain, médecin psychiatrie-psychanalyste et anthropologue à Casablanca qui a partagé ses connaissances sur feu Abdelkébir Khatibi, à travers son intervention autour du thème « Abdelkébir Khatibi, mon frère, mon ami … Entre l’affect et l’intellect ».

Rita El Khayat est écrivaine, médecin psychiatre psychanalyste/ anthropologue, diplômée de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris. Elle est l’auteur de plusieurs ouvrages traduits en différentes langues. Elle a créé la Chaire d’anthropologie du savoir et de la connaissance, Université de Chieti (Italie).

Elle a été candidate au Prix Nobel de la Paix 2008, elle est Chevalier de l’Ordre du Trône et Officier du Mérite National (Maroc).

L’intervention  de Rita El Khayat: « Abdelkébir Khatibi, mon Ami, mon frère... Entre l’affect et l’intellect »

« Du Khatibi que j’ai interviewé pour la télévision quand j’étais étudiante, à celui qui me sollicita pour écrire un article de collectif sur les femmes, puis à celui qui entretint une correspondance avec moi, puis partagea la passion du cinéma, entre 2002 et 2008, au Festival international du film de Marrakech, toujours avec moi, il y avait eu un grand changement en cet homme que la maturité avait beaucoup enrichi. Sa perte fut cruelle pour moi qui ressentis un terrible vide après que ses appels téléphoniques réguliers eurent cessé... ses appels étaient un échange très vaste sur les faits du moment et du monde, sur les livres, les congrès, les projets, les voyages. Mais aussi, un souci de moi qui fut privée d’un mentor, d’un esprit lumineux et souvent difficile à comprendre, d’un frère aîné. Parce qu’entre lui et moi, c’était une belle affaire d’amitié et de respect... ».

La dernière intervention de la deuxième séance sera présentée par Mohamed Cheikh, professeur  à l’Université Hassan II de Casablanca, sous le thème « Khatibi et la question de la tolérance ».