Le plaidoyer ''courageux'' de Jack Lang pour l'enseignement de l'Arabe dans l'Hexagone

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Paris - Alors que la France est traversée par un débat intense sur la question identitaire, nourri par des partis politiques en quête d'électorat à l'approche des élections municipales considérées comme le baromètre d'un autre scrutin tout aussi important, celui des présidentielles, certaines voix se dressent pour jeter un pavé dans la mare et revendiquer une France multiple et plurielle.

Parmi ces voix, celle de Jack Lang, ancien ministre de la Culture et de l'Education nationale, actuellement président de l'Institut du Monde arabe (IMA), qui vient de publier aux éditions "Cherche midi", un livre au titre bien évocateur : "La Langue arabe : Trésor de France".

Si elle est la cinquième langue la plus parlée au monde, la langue arabe reste en France une inconnue à la résonance sulfureuse. Insuffisamment enseignée, elle est au cœur de polémiques qui faussent sa perception.

Dans ce livre de "combat", Jacques Lang s'attaque à ces idées reçues. Il invite le lecteur à découvrir l'histoire étonnante et la richesse d'une langue introduite en France il y a des siècles, et qui appartient aujourd'hui au patrimoine culturel français. Il plaide pour que l'école de la République accorde toute sa place à son enseignement.

"Manifeste pour la reconnaissance d'une langue de France", cet ouvrage, écrit avec la collaboration de Victor Salama, est aussi "un plaidoyer pour l'ouverture culturelle et le plurilinguisme", affirme Jack Lang.

Dès l'entame de ce "livre-manifeste", Jack Lang donne le ton. Sous le titre évocateur "Mon combat pour la Langue Arabe", et tout en reconnaissant que ce livre paraîtra "polémique" à certains, il assume qu' "il y a des combats à mener contre l'air du temps. Des combats pour rétablir des vérités, à rebours des manipulations idéologiques, démagogiques et populistes".

L'objet de ce livre est précisément de cet ordre-là: redonner à l'arabe, cette langue de France depuis plus de 5 siècles, toute sa place dans l'enseignement public et au-delà toute sa reconnaissance et sa dignité dans la société française, soutient-il.

Et l'Éducation nationale française a un rôle à jouer sur ce plan-là en vue d'assurer l'apprentissage de la langue arabe dans l'école de la République, et ne pas le laisser à des "officines sulfureuses", affirme Jack Lang, lors d'une rencontre à Paris avec des représentants de Médias, parmi lesquels des médias du monde arabe.

L'enseignement public et parapublic de la langue arabe en France "n'est pas à la hauteur", regrette d'emblée le président de l'IMA. Le ministre Jean Michel Blanquer a certes pris quelques mesures pour remédier à cela, mais cela reste "insuffisant". "Ce livre plaide pour que l'école de la République remédie à cette situation", souligne celui qui a été trois fois ministre de la Culture et deux fois ministre de l’Éducation nationale en France.

Cette langue appartient à l'histoire de France: François premier l'a choisie comme l'une des trois langues de l'administration publique en France. "Il n'est absolument pas normal que cette langue ne trouve pas sa place en France" aujourd'hui, s'est-il insurgé, dénonçant au passage la polémique de "mauvaise foi" sur l'enseignement de cette langue en France. Une polémique nourrie par "une partie de la Droite et par l'extrême droite".

Battant en brèche les idées reçues autour de cette langue, Jack Lang a jugé "urgent" d'enseigner l'Arabe dans l'école de la République au lieu de la laisser entre les mains d'"officines sulfureuses".

Conscient de cette lacune, l'Institut du Monde Arabe (IMA) propose, avec son Centre de langue, « un enseignement moderne et lai?que, loin de toute considération religieuse ou ethnique, ouvert a? tous les âges et tous les niveaux ».

Selon Jack Lang, si l'enseignement de la langue arabe n'a pas une aussi bonne presse en France, comme l'Anglais, l'Espagnol, l'Allemand voire le Chinois, c'est parce que cette langue souffre d'un manque de certification à l'international.

Pour remédier à cette situation, l'IMA a lancé en avril dernier un certificat de maîtrise de l'arabe internationalement reconnu, sur le modèle du TOEFL en anglais, destiné à attester du niveau de maîtrise de cette langue. Le CIMA, acronyme de "certificat international de maîtrise en arabe", s’adresse à toute personne de plus de 15 ans qui souhaite disposer d'un certificat attestant son niveau en langue arabe, que ce soit pour des raisons académiques, professionnelles ou personnelles.

Le CIMA, qui compte aujourd’hui 18 centres d’examen agréés dans 12 pays, sert notamment à valoriser le niveau linguistique d'un candidat qui postule à un emploi ou à valider un parcours de formation.

Pour le président de l'IMA, l'enseignement de la langue arabe et la connaissance de l'autre est "un bon remède contre le racisme", surtout en ces temps de repli identitaire.

"Développer l'enseignement de la langue arabe au sein du système éducatif public, voilà la réforme indispensable à mener, sans se laisser impressionner par la cohorte des marchands de peur. Si verrouiller une culture et une population dans leur seule dimension religieuse répond aux vœux des identitaires de tout poil, le danger gravissime que court la République, c'est de baisser les bras. Embrassons pleinement, au contraire, cette langue de France, ce trésor du monde", affirme-t-il en concluant ce "livre manifeste".