Les cascadeurs d'Hollywood veulent aussi des Oscars pour sortir de l'ombre

5437685854_d630fceaff_b-
173
Partager :

Une fois n'est pas coutume, un cascadeur recevra peut-être cette année un Oscar, en la personne de Brad Pitt qui incarne un de ces professionnels de l'ombre dans "Once Upon a Time... in Hollywood". 

Même si un tel prix aurait le mérite de mettre un coup de projecteur sur ce difficile métier, on est encore loin du compte, insiste Daniel Locicero, l'un des nombreux cascadeurs de Los Angeles qui font pression pour que l'Académie des Oscars reconnaisse enfin leur profession.

"Je suis sûr que Brad Pitt a été doublé dans le film", plaisante Daniel Locicero, qui a notamment tourné dans le film de guerre "Dunkirk", primé aux Oscars.

Ingénieurs du son, maquilleurs, experts en effets spéciaux... la plupart des petites mains indispensables en coulisses à la création d'un film sont déjà primées aux Oscars mais pas les cascadeurs.

Ils sont pourtant célébrés comme il se doit par les Screen Actor Guild (SAG) Awards décernés par le puissant syndicat représentant les comédiens, qui a récompensé le mois dernier les équipes ayant travaillé sur "Avengers: Endgame" et "Game of Thrones".

"Nos cascadeurs prennent tous les risques, en fait ils nous protègent et nous sauvent la vie", déclare à l'AFP Gabrielle Carteris, la présidente du syndicat.

"Le travail qu'ils font n'est pas facile et ils contribuent à rendre nos séries télévisées et nos films dynamiques. C'est pour cela que nous les honorons", explique-t-elle.

L'Académie des arts et sciences du cinéma qui distribue les Oscars reste pour l'instant sourde à ces arguments. "Je pense que les Oscars ont un petit peu peur de nous en ce moment. Ils m'ont donné toutes les raisons imaginables pour m'expliquer pourquoi ce n'était pas possible", affirme Jack Gill, qui mène la campagne pour la reconnaissance des cascadeurs.

Parmi ces explications figure la crainte que des cascadeurs cherchant désespérément à emporter un Oscar ne prennent des risques excessifs pour se faire remarquer, une idée réfutée par Jack Gill. "Si c'était vrai, les effets spéciaux feraient pareil parce qu'ils ont des explosifs, ils font sauter des trucs. Or ils n'ont pas commencé à essayer de tuer des gens pour avoir un prix!", souligne-t-il.

- "Monter au créneau" -

Pour Daniel Locicero, la véritable explication est bien plus simple: les studios d'Hollywood ne veulent pas que le public ait connaissance de toutes les ficelles d'un film.

"Ils ne veulent pas tuer le côté magique de la chose", estime-t-il, citant en exemple "une séquence où un supposé Leonardo DiCaprio est en train de frapper quelqu'un à coups de pied". Les spectateurs des Oscars pourraient se dire "Oh, ce n'était pas vraiment Leonardo qui faisait ça", ce qui nuirait à la crédibilité du film, dit le cascadeur.

Faute de soutien de l'Académie, de nombreux cascadeurs exhortent les acteurs eux-mêmes à défendre leur cause.

Dans "Once Upon a Time... in Hollywood", Quentin Tarantino montre bien les liens étroits qui unissent l'acteur incarné par DiCaprio à sa doublure jouée par Brad Pitt, même en dehors des plateaux. Et selon M. Locicero, c'est effectivement souvent le cas.

"J'ai formé des gens plus ou moins célèbres et créé une relation d'amitié avec eux", assure-t-il.

Et il faudra beaucoup d'amis aux cascadeurs pour arriver à se faire officiellement reconnaître des Oscars. "Ce que je voudrais sur le tapis rouge, ce sont des acteurs qui montent au créneau pour dire: je pense qu'il est temps que nous ayons une catégorie +action+ aux Oscars", dit Jack Gill.

"Quand on voit Brad Pitt qui a une nomination pour ça, on se dit que c'est le moment de mettre autant de pression que possible", conclut-il.