''Revolver'' à Rabat : ''On ne choisit pas de tomber amoureux d’un pays. Ça arrive comme ça''

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Argan, album de Revolver où le rock, la musique et les rythmes marocains se combinent dans une fusion surprenante, est justement l’un de ces espaces communs repérés par l’interprète espagnol entre les cultures espagnole et marocaine.

Madrid - "Revolver", l’un des groupes mythiques de pop-rock en Espagne, se produira mercredi prochain au théâtre national Mohammed V à Rabat, une occasion de retrouver le public marocain, sept ans après sa dernière tournée dans le Royaume.

L’événement comptera avec la participation des musiciens marocains, Noureddine Ennajraoui et Jalal El Allouli, qui avaient participé à l’enregistrement de l’album intitulé Argan, sorti par "Revolver" en 2011.

Ce spectacle marquera aussi le retour du fondateur du groupe, le musicien, interprète et compositeur espagnol Carlos Goñi, au Maroc, un pays qu’il affectionne particulièrement et dont la musique et les rythmes marquent de leur empreinte son inspiration.

"C’est un honneur pour moi de me produire de nouveau au Maroc, un pays que j’adore énormément", a confié Goñi dans un entretien à la MAP, se disant ravi de l’histoire d’amour qui l’unit au Royaume depuis plusieurs années.

"On ne choisit pas de tomber amoureux d’un pays ou d’un lieu. Ça arrive comme ça. J’ai le Maroc dans le cœur", a-t-il dit, relevant qu’il a toujours été accueilli avec affection et respect lors de ses multiples séjours dans le Royaume.

L’attachement de Goñi au Maroc s’explique aussi par sa passion pour la découverte de nouvelles cultures et musiques, ainsi que pour la recherche de points communs entre celles-ci et ses propres références musicales.

"C’est fascinant d’avoir des références culturelles différentes, de pouvoir trouver des espaces communs d’expression et de les mettre en valeur", a relevé ce guitariste connu par son excellente combinaison de textes et de musique et sa capacité à véhiculer de réelles émotions dans l’interprétation.

Argan, album de Revolver où le rock, la musique et les rythmes marocains se combinent dans une fusion surprenante, est justement l’un de ces espaces communs repérés par l’interprète espagnol entre les cultures espagnole et marocaine.

Évoquant cette expérience, Goñi fait savoir que cet album a été motivé par sa volonté de démonter les échelles harmoniques de la musique marocaine et nord-africaine et celles de la musique occidentale, dans le but de trouver le point de connexion entre ces deux mondes.

"Je ne voulais pas et je n’avais aucun intérêt à faire un disque de rock dans lequel chantait deux ou trois musiciens marocains. Cela n’aurait pas été une fusion", a-t-il expliqué.

Argan, dont les morceaux seront interprétés lors du concert de Revolver prévu à Rabat, "est l’album qui m’a le plus ému durant sa préparation", a-t-il fait savoir, se disant disposé à revivre cette expérience enrichissante.

"A mon retour en Espagne je ne savais pas combien de disques d’Argan j’allais vendre. Mais pour moi, j’avais déjà tiré un grand bénéfice du point de vue culturel, car j’ai beaucoup appris de cette expérience", a souligné Goñi.

Avec l’album Argan, Goñi a relevé le défi d’aborder une culture musicale étrangère à celle du rock, en fusionnant des sons purement rock, comme ceux de la guitare électrique, la basse et la batterie, avec ceux du mandoluth, du violent et d’instruments de percussion.

Définissant son style musical, Goñi refuse d’être considéré comme un musicien avant-gardiste, estimant que sa musique a évolué au fil des années, depuis la création du groupe "Revolver" durant les années 1980.

"J’ai eu la chance, et ce n’est pas facile, que ma musique ait progressé avec moi en tant que personne et qu’à aucun moment je n’ai été obligé de rester figé artistiquement dans l’époque où mes disques se vendaient le plus", a-t-il dit à ce sujet.

"Les choses de la vie et les sujets qui m’intéressent aujourd’hui à l’âge de 50 ans ressemblent peu à ceux auquel je prêtais attention quand j’avais 30 ans. En plus, le marché ne m’a pas obligé à continuer de parler de sujets qui m’intéressaient par le passé", a expliqué l’artiste madrilène, relevant que cela lui a permis de continuer de progresser et de travailler "en toute liberté".

Avec une riche carrière musicale de plus de 30 ans, Goñi est un artiste engagé contre les inégalités sociales, notamment la discrimination raciale.

"J’ai une fille de couleur au Cameroun âgée de 20 ans et un fils qui a émigré à Londres. Je suis donc directement concerné par des questions comme le racisme et les inégalités sociales", a-t-il confié.

Interrogé sur le dernier album de "Revolver" intitulé Basico IV sorti durant le mois de mai 2019, Goñi a fait savoir qu’à l’instar des précédentes éditions de Basico, ce nouveau disque compte d’anciennes chansons, deux nouveaux morceaux et trois autres revisités.

"J’ai décidé il y a de cela plusieurs années que j’allais toujours chercher l’excellence au-dessus de tout, abstraction faite du nombre de disques que j’allais vendre. C’est ce que je fais aussi dans mon dernier album qui est le fruit d’un long travail et d’une profonde étude", a-t-il souligné.

Le concert de "Revolver" prévu mercredi à Rabat est organisé avec le concours du ministère de la Culture et de la Communication, de l’ambassade d’Espagne au Maroc, de la chaîne d’hôtels ONOMO et de Hit Radio.

Il s’inscrit dans le cadre de la programmation culturelle de l’Institut Cervantes, dédiée chaque année aux projets et créateurs qui contribuent à la promotion des relations spéciales d’amitié et de concorde entre l’Espagne et le Maroc.