La modernisation economique du Maroc : Les piliers fondamentaux et les défis majeurs

5437685854_d630fceaff_b-
1
Partager :

couv-guerraoui

Le Maroc a fait de l’édification d’une économie ouverte et le développement d’un système productif fondé sur de grands chantiers structurants s’appuyant sur les avantages comparatifs, compétitifs et stratégiques de ses différents secteurs d’activité un de ses objectifs prioritaires. Dans ce cadre, la modernisation économique du pays s’appuie sur un certain nombre de piliers fondamentaux et a des défis à relever pour atteindre les objectifs tracés.

I-Les piliers fondamentaux de la modernisation économique

La stratégie de modernisation économique du Maroc s’appuie sur trois piliers fondamentaux :

1- Des choix politiques favorisant l’émergence d’une nouvelle génération d’entreprises et d’entrepreneurs, réconciliant les citoyens avec leur histoire et renforçant la confiance des acteurs dans leurs institutions.

Plusieurs choix politiques ont été, en effet  mis au service de la stratégie nationale de modernisation économique. Ils se matérialisent par la consécration dans la nouvelle Constitution de 2011 des principes de liberté économique et de d’initiative entrepreneuriale.

Ils se traduisent, également par l’affermissement de l’ouverture de l’économie Marocaine sur son environnement international et la libéralisation de ses échanges extérieurs par l’adhésion précoce, dès 1994 à l’Organisation Mondiale du Commerce, organisation qui a vu le jour à Marrakech cette même année, ainsi que par la signature de plus de 50 accords de libre-échange.

De même, ces choix ont été favorisé par la création de l’instance Equité et réconciliation, qui a permis de tourner une page avec les violations graves des Droits de l’homme dans le passé.

Enfin, ils ont été éclairé par l’élaboration du rapport du cinquantenaire, qui est le produit d’une audace politique nationale jamais égalée dans l’histoire récente du Maroc, où l’intelligence collective du pays a permis d’élaborer un diagnostic sans équivoque de 50 années de développement humain et ce en mettant en perspective pour l’horizon 2025 deux scenarios :

  • Le scenario de la continuité qui mènera le Maroc à une impasse généralisée, au désordre et au cahot ;
  • Et le scénario du changement, dit « du Maroc possible », c’est-à-dire celui de la réforme, de la modernité, de la démocratie, de la solidarité et de l’ouverture sur le monde et la civilisation universelle.

C’est ce scénario qui se trouve à la base de la construction en cours de la stratégie de modernisation économique du Maroc et qui a eu une traduction sur le plan du Droit économique.

2-    Un Droit économique moderne :

L’existence d’un arsenal de règles de nature économique est en soi un garant de l’existence d’un cadre juridique fixant les droits et les obligations des partenaires économiques et sociaux , permettant la conclusion de conventions collectives, définissant les modalités de l’arbitrage et de la gestion des conflits collectifs de travail et offrant les conditions de la modernisation des relations professionnelles au sein de l’entreprise.

En sus de ce cadre juridique, les organisations et associations professionnelles semblent connaitre progressivement une réelle mutation allant dans le sens de la prise en compte des questions liées à la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise, associé à l’existence d’un système de protection sociale pour les salariés des secteurs privés et publics assez développé, bien connaissant quelques déviances , notamment la sous et parfois la non déclaration des salariés.

Par ailleurs, la modernisation économique du pays s’est renforcée par l’émergence d’instances de médiation favorisant l’éthique des affaires, la moralisation de la gouvernance économique, et l’élaboration de Grands Contrat Sociaux conciliant compétitivité économique et cohésion sociale. Il s’agit notamment du Conseil Economique, Social et Environnemental, de l’Instance Centrale de prévention et de lutte contre l corruption et du Conseil de la concurrence.

3-    Une vision géostratégique et géoéconomique nouvelle

Cette nouvelle vision a élargi les horizons géographiques des échanges du Maroc au sein du marché mondial, faisant que ces horizons ne se limitent plus à l’Europe, la Méditerranée, le Monde Arabe et l’Afrique, mais aussi et de plus en plus à la zone Amérique –Asie-Pacifique et à l’intérieur du Monde Arabe la zone regroupant les pays du Conseil de Coopération du Golf.

Cette nouvelle vision géoéconomique et géostratégique part du postulat selon lequel il conviendrait pour le Maroc et ses partenaires amis de promouvoir de nouvelles solidarités économiques qui prennent appui sur une valorisation mutuelle des accords de libre échange qui les lient et ce pour se positionner ensemble dans le système de l’économie mondiale à travers le développement d’investissements joints et d’alliances stratégiques de différentes natures.

L’ensemble de ses fondements constituent les principes directeurs de la vision du Maroc de son futur économique et un substrat des grands chantiers de modernisation économique qu’il promeut. Ils nécessitent, cependant de relever de nombreux défis.

II- Les défis à relever

La modernisation économique du Maroc aura à faire face à au moins cinq défis majeurs dans le futur :

  1. Former les compétences et  produire des élites économiques, administratives, politiques, scientifiques et associatives d’un niveau d’excellence, de compétence, d’engagement et d’intégrité à la mesure des nouvelles ambitions géostratégiques et géoéconomiques du Maroc  du 21ème siècle. D’où le rôle crucial et la responsabilité impérieuse des institutions qui structurent, organisent et pilote l’acte de formation des élites et à leur tête l’école certes, mais aussi la famille, l’entreprise, le parti politique, les organisations syndicales et les acteurs de la société civile.
  2. Organiser les territoires pour mieux préparer leurs acteurs à la lutte efficace contre toutes les formes futures de rareté, les mobiliser pour gagner la bataille redoutable de la compétitive, mieux les armer à gérer la complexité et les insécurités de l’économie postindustrielle, à créer des richesses nouvelles et à promouvoir de l’emploi décent.
  3. Garantir les conditions minimales de la citoyenneté par une meilleure répartition des fruits de la croissance en vue de réduire les inégalités sociales et spatiales, lutter durablement et efficacement contre la pauvreté, la précarité et l’exclusion, améliorer et étendre le bénéfice de la protection sociale et ce en vue de renforcer le lien social et le vivre ensemble et corrélativement garantir la stabilité et la paix sociale indispensable pour entreprendre et consolider la cohésion sociale.
  4. Rénover la gouvernance de l’économie et de la société en s’appuyant sur l’intelligence et le génie individuels et collectifs des acteurs, la gestion de proximité, les modes éthiques de management fondés sur des systèmes appropriés de contrôle, d’évaluation et de reddition des comptes.
  5. Et enfin, réinventer sans cesse la démocratie parce l’économie est politique et parce que au cœur de la politique de la gestion des affaires de la cité et ce en favorisant les pratiques de la démocratie participative, l’écoute, le dialogue, la concertation, l’élaboration et la mise en œuvre partagées des projets collectifs fondés sur de Grands Contrats Sociaux entre les acteurs et forces vives du pays. C’est cette perspective qui permettra une régulation positive de la modernisation économique future du Maroc.