Maroc Numeric 2013 : Un Echec à tous les niveaux

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5,19 milliards de DH ! C’est le budget qui a été alloué à la stratégie « Maroc Numeric 2013 » (MN 2013). Une stratégie qui s’est avéré beaucoup trop ambitieuse en vue de la médiocrité des résultats accomplis. La Cour des Comptes a émis son diagnostic sur la stratégie passant au crible les modes de sa gouvernance et de son pilotage, la réalisation de ses objectifs ainsi qu’une analyse de ses principaux indicateurs par rapport aux indicateurs internationaux. En gros, le constat est désastreux.

Entre réalisations et objectifs, un gap abyssal

A six mois de la clôture de la stratégie MN2013, l'examen de son état d'avancement a montré que malgré les réalisations, la stratégie accusait un retard au niveau de la concrétisation de plusieurs actions et projets prévus.

Il en est ainsi du projet phare concernant la généralisation de l’équipement des établissements scolaires primaires, collégiaux et lycées (GENIE) dont le taux de réalisation n'a pas dépassé 71% d'équipement en valises multimédia (VMM) et 24% en matière d'équipement en salles multimédia (SMM). Il est à signaler que les écoles satellites, dont le nombre est de 13.451 et abritant près de 1 million d'élèves soit 20% du total des élèves, restent exclues du périmètre d'action du projet GENIE.

Quant aux projets de promotion d’équipement à bas prix et GENI-SUP relatifs à la mise en place d’un système d’information au niveau des universités, ils n’avaient pas encore démarré.

S'agissant de la mise en œuvre des services publics orientés usagers, il y a lieu de relever que parmi les 25 projets opérationnels, 15 projets (60%) sont à caractère informationnel et interactif et 6 projets seulement (24%) sont transactionnels et intégrés, alors que l'objectif de départ était la mise en œuvre de 40 projets transactionnels et intégrés.

En plus, sur les 13 projets identifiés comme prioritaires, seul le projet "certification électronique" a été mis en œuvre. Certains projets stratégiques et structurants pour l’administration et les usagers n'ont pas pu être concrétisés, comme c'est le cas des projets relatifs à « l’identifiant unique du citoyen » et à « l’identifiant unique de l’entreprise ».

Concernant l'élaboration de la stratégie, les magistrats diagnostiquent le manque d'une approche participative avec les différents intervenants.

Au niveau de la gouvernance et du pilotage, l’instance constate que la stratégie MN2013 n'a pas été soumise à un processus de validation préalable. L’objectif de ce processus étant d'assurer une cohérence du contenu, un engagement formalisé des parties prenantes et une adhésion pour sa mise en œuvre. Résultat : La concrétisation n’a pas aboutie.

Une poignée de réalisations toutefois à nuancer.

Comptés sur le bout des doigts, les points positifs de la stratégie MN2013 se font rares et même à nuancer. Sur une période de 4 ans, MN2013 a permis au pays de gagner plusieurs points dans la pénétration d’Internet aux foyers et sa démocratisation, en passant de 14% en 2008 à 39% en 2012, ce qui est au-delà de l’objectif de 33%. Néanmoins, il faudrait nuancer ces résultats eu égard aux disparités importantes entre le milieu urbain et le rural.

En comparaison avec d'autres pays, l’indice NRI au Maroc mesurant la maturité et la préparation d'un pays à utiliser efficacement les TIC a affiché une stagnation entre 2008 et 2013. Pour ce qui est des services publics orientés usagers, le Maroc a enregistré une nette évolution de l'indice e-Gov mesurant le degré d’application des TIC par les administrations publiques, passant de 0.29 en 2008 à 0.51 en 2014; ce qui lui a permis de gagner 38 places. Toutefois, cette évolution est due principalement au sous-indice "services en ligne". En revanche, l'autre sous-indice relatif au capital humain a régressé en passant de 0.54 à 0.49 durant la même période.

Les stratégies sectorielles pour le développement de l’industrie du pays ne manquent pas. Encore faudrait-il que les responsables qui se succèdent à la tête du département de l’Industrie montrent un peu plus (voire beaucoup) de réalisme. Coïncidence ou hasard, les trois plans (MN2013, Emergence et Rawaj) pour le développement de l’industrie avaient été lancés du temps d’Ahmed Réda Chami, ancien ministre de tutelle. En tous cas, il a fait preuve de beaucoup plus d’ambition qu’il n’en faut. Qui paiera le prix de l’échec ? Et qui récoltera les fruits de la réussite ?