Flexibilité du dirham : les prévisions de Jouahri

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La réforme du régime de change est une décision « souveraine » émanant de la volonté des autorités, et élaborée en coordination avec le ministère de l'économie et des finances et Bank Al-Maghrib, a assuré ce mercredi 17 janvier à Rabat, Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib (BAM)

Lors d'une réunion conjointe de la commission des finances, de la planification et du développement économique à la Chambre des conseillers et la commission des finances et du développement social de la Chambre des représentants, Jouahri a souligné que la réforme du régime de change n'était « imposée par aucune institution financière internationale ni soumise à la pression d'une crise de change, comme c'est le cas dans plusieurs pays ».

Il a dans ce sens précisé que le Fonds Monétaire International (FMI) a constamment soulevé la question de la réforme du système de change lors des consultations annuelles au terme de l'article 4 (depuis 1998), rappelant que la Banque mondiale a aussi évoqué la réforme du système de change et ce depuis le milieu des années 1990, et dans son rapport sur l'économie marocaine de 2006.

Jouahri a indiqué que la BAM a pris le temps nécessaire pour réaliser les études et analyses nécessaires, s'informer des expériences de références et évaluer l'impact de cette réforme sur l'économie et le pouvoir d'achat des citoyens et ce en coordination avec le ministère de l'économie et des finances, faisant savoir que tous les acteurs concernés ont été impliqués en toute transparence pour assurer la réussite de cette réforme.

Le Wali de Bank Al-Maghrib a tenu à préciser qu'il n'y aura pas de dévaluation de la valeur du dirham et que ce nouveau régime n'est pas lié au flottement du dirham.

Concernant l'impact de la réforme sur l'économie et le pouvoir d'achat des citoyens, Jouahri a noté que les scénarios élaborés par BAM et le ministère de l'économie et des finances indiquent, sur la base des données disponibles et d'une l'éventuelle dévaluation du dirham de 2,5%, que l’impact de la réforme sur la croissance en 2018 sera positif et atteindra + 0,2%.

En ce qui concerne l'inflation, Jouahri a fait savoir qu'il faut s'attendre dans le cas extrême à une inflation additionnelle de 0,4%, pour atteindre un taux d'inflation de 2% en 2018 (voire 1,9%) selon le scénario de la Banque centrale. Il a dans ce sens donné l’exemple des prix des hydrocarbures, notamment le gasoil, qui enregistrera une hausse de 0,15 dirhams par litre, passant ainsi de 9,6 dirhams /litre à 9,75 dirhams/litre.

Depuis la mise en application, lundi, de cette réforme, le taux de change du dirham sur le marché de changes est resté entre -0,3% et +0,3%, bien que la volatilité ait été élargie à + 2,5% - 2,5%, a fait remarquer le Wali de Bank Al-Maghrib, ajoutant que le taux de change du dirham par rapport aux billets étrangers est resté au même niveau qu'avant la réforme.

Evoquant les motivations de cette réforme, Jouahri a expliqué que les dix dernières années ont enregistré une amélioration de tous les indicateurs macro-économiques, avec le maintien du taux d'inflation à moins de 2%, du déficit budgétaire (- 3,6%) et du déficit du compte courant (- 4,3%), l'enregistrement d'un niveau élevé des réserves de change à l'équivalent de 5 mois et 27 jours d'importations en moyenne, ainsi que la capacité du secteur bancaire à faire face aux crises qui a été confirmée par le programme d'évaluation du secteur financier de 2015 combinés au choix du royaume d’intégrer le circuit de la mondialisation avec la conclusion de 56 accords de libre-échange outre la flexibilité de la loi de change au profit des résidents.

Au niveau national, plusieurs raisons ont motivé la décision de cette réforme, notamment, le développement de politiques sectorielles à long terme offrant une vision claire aux investisseurs marocains et étrangers, le renforcement de l'attractivité du pays ainsi que la nouvelle stratégie adoptée par l'Office Chérifien des Phosphates pour renforcer sa présence sur le marché international en plus de la nouvelle politique du royaume qui s'inscrit dans le cadre de la reconstruction des relations Sud-Sud sur la base de partenariats gagnant-gagnant.

Au niveau international, Jouahri a évoqué la crise financière de 2007, qui a eu des répercussions "qui se poursuivent jusqu’à présent", la volatilité accrue des marchés, les politiques de change compétitives et la formation de groupements et de zones économiques, entre autres, soulignant que face à ces changements, il a été plus approprié d'adopter un système de change plus adapté à ces évolutions.

Le passage vers un système de change flexible est un levier de compétitivité pour renforcer l'économie nationale et soutenir par la même les politiques structurelles menées par le gouvernement, a soutenu le Wali de Bank Al-Maghrib, soulignant que cette réforme renforcerait la capacité de l'économie marocaine à faire face aux crises monétaires internationales.

Le suivi de la mise en œuvre de cette réforme, en particulier avec les banques se poursuivra, a-t-il dit, notant que les banques vont soumettre à la Banque centrale au quotidien toutes les informations relatives aux opérations en devises étrangères, en particulier l'émission de celles prises pour le compte des petites et moyennes entreprises et celles des particuliers.

Il a rappelé à cet égard la totale coordination des autorités monétaires avec le parlement, les acteurs économiques et le grand public sur les questions relatives à cette réforme.

 

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