Othman Benjelloun, le fabuleux destin

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Par Jamal Chibli - Quand on est Othman Benjelloun, de quoi peut-on encore rêver ? Dans son numéro 7, le magazine mensuel de MAP BAB publie un entretien avec Othmane Benjelloune, « un rêve qui se matérialise », dans lequel il revient longuement sur le grand projet de la Tour Mohammed VI qui « participera à faire émerger une nouvelle aire urbaine qui s’exprime sur les deux rives du Bourgreg et qui portera Rabat et Salé aux rangs des capitales mondiales ». Pour mieux  connaitre l’homme porteur de ce projet, le président de la BMCE Bank of Africa, BAB dresse le portrait du président de la BMCE Bank of Africa dont le rêve légitime est de passer à la postérité.

Quelle belle destinée que celle d’un homme comme Othman Benjelloun ! A défaut de pouvoir dessiner des croquis, il a fini par construire un impressionnant empire financier, dont l’envergure reflète un sens des affaires hors norme chez celui qui a rêvé d’une carrière d’architecte dans sa tendre jeunesse.

M. Benjelloun n’est pas devenu le magnat qu’il est par un heureux concours de circonstances ou sa filiation à une famille riche. Loin s’en faut. Sa réussite, il la doit à une combinaison de qualités rares à réunir chez une seule personne: un flair aiguisé pour les opportunités, la foi dans l’avenir, le goût de l’effort et la loyauté.

Le Président, comme l’appellent respectueusement ses collaborateurs, fait partie de ces personnes qui transforment tout ce qu’ils touchent en or et qui lisent mieux que les autres les mutations. Il appartient à la classe des “visionnaires”, comme le décrivent tous ceux l’ayant connu ou côtoyé.

Pour preuve: Près de 13 ans avant le lancement de la libéralisation du secteur des assurances, il rachète, en 1988, la Royale Marocaine d’Assurance (RMA), une société fondée en 1949 par des nationalistes, dont son père feu Haj Abbas. Assurément, on est devant l’épilogue d’une saga qui va le conduire aux sommets et dans des contrées bien lointaines.

Le célèbre banquier va, à nouveau, prouver qu’il était très en avance sur son époque, en se révélant là où personne ne l’attendait. Il a, constamment, opté pour des secteurs très porteurs et qui ne vont jamais perdre de leur valeur, excepté dans le cas d’un retour à l’âge de la pierre.

Après l’acquisition, en 1995, de la BMCE dans le sillage de la politique de privatisation, il signe, quatre ans plus tard, un chèque de 10,836 milliards de dirhams pour l’obtention de la deuxième licence de téléphonie mobile au Maroc.

Le consortium constitué avec l’Espagnol Telefonica et Portugal Telecom donnera naissance à Méditélécom, devenue Orange fin 2016 suite à l’arrivée de l’opérateur français éponyme, sept ans après le départ de sociétés ibères au profit des actionnaires historiques marocains que sont le groupe Benjelloun et la CDG.

Des débuts au sein du groupe familial

Mais, avant de voler très haut de ses propres ailes, Othman Benjelloun a fait ses premières armes, dans les années 1960, au sein du groupe familial, aux côtés de son frère aîné Omar. Le pays sortait du protectorat et l’économie nationale, encore à l’état embryonnaire, offrait d’énormes opportunités d’affaires.

Il venait de décrocher un diplôme d’ingénierie de l’École polytechnique fédérale de Lausanne. Là où il s’était inscrit initialement, en 1952, pour un cursus d’architecture contre la volonté paternelle.
En opérant une reconversion pour une formation d’ingénieur afin de clore la brouille avec son père au Maroc, il ne savait pas que c’est toute son existence qui allait complètement changer et, avec elle, toute l’histoire de la famille Benjelloun.

En intégrant l’entreprise familiale, le natif de Fès va vite prendre goût aux affaires. Il va contribuer significativement à l’essor du groupe dans les secteurs de la sidérurgie, de l’aluminium et surtout le montage automobile. Ce dernier créneau va asseoir définitivement la renommée des Benjelloun dans les milieux d’affaires.

Dans les années 1980, il poursuivra son ascension fulgurante en dénichant des partenaires de prestige à l’international. La multiplication d’alliances avec des mastodontes comme Volvo, General Motors, Goodyear et Westinghouse vont porter au panthéon et le groupe familial et Othman Benjelloun en personne.

Le coup de maître 

S’appuyant sur une trésorerie tournant à plein régime grâce aux deals fructueux avec lesdites firmes, M. Benjelloun aura les coudées franches pour réaliser son premier coup de maître avec le rachat de la RMA. Au terme d’un subtil et long processus de fusion-absorption avec Al Watanya, elle s’imposera comme un acteur majeur du secteur, se réservant constamment une place sur le podium.
“L’argent va à l’argent”, dit le proverbe. Les nouveaux fonds générés par la compagnie d’assurance serviront à conclure la plus importante transaction de la vie d’Othman Benjelloun. Il va jeter son dévolu, en 1995, sur la Banque marocaine du commerce extérieur, dont le rachat sera la clé de voûte de l’expansion future du groupe. La suite est un véritable conte de fée.
Le groupe BMCE Bank est, aujourd’hui, un leader et une valeur sure du système bancaire national et panafricain, avec une présence dans pas moins de 20 pays du continent, un portefeuille aussi solide que varié face aux risques potentiels, des filiales en Afrique et même en Europe… Du haut de ses 86 ans, Othman Benjelloun est toujours aussi ambitieux qu’à ses débuts. Il caresse l’espoir de couvrir l’ensemble des pays du continent dans les années à venir. Et pour consacrer son ancrage africain, le groupe s’est choisi, en 2015, la dénomination de BMCE Bank Of Africa.
La nouvelle identité de la banque en dit long sur les objectifs stratégiques de la prochaine étape pour l’épine dorsale du holding Finance Com, dont la création, en 2000, donnait toute l’étendue de la vision prospective du Président.

M. Benjelloun a, comme d’habitude, prédit l’extension et le développement dudit conglomérat pour embrasser divers secteurs d’activité, comme l’industrie, les nouvelles technologies, les médias, outre les métiers de base du groupe que sont la banque et l’assurance.

Sa plus grande satisfaction est celle d’avoir créé plusieurs dizaines de milliers d’emplois et de s’engager au quotidien pour assurer le salaire des 44 000 collaborateurs du Groupe à travers le monde. Son autre source de fierté est l’œuvre menée par son épouse, le Dr. Leila Mezian Benjelloun, à la tête de la Fondation BMCE Bank, dont le travail a permis à plus de 20.000 enfants du milieu rural d’accéder à l’école. Comme il aime à le souligner, l’amour de la patrie qui lui a été inculqué par ses parents, le conforte dans sa détermination à continuer, pour les 20 prochaines années avec la volonté de Dieu, à contribuer au rayonnement et au développement du Maroc.

Pour le commun des mortels, l’œuvre serait, ainsi, achevée. Reste que cela ne devrait pas convenir à quelqu’un de la trempe d’Othman Benjelloun, connu pour sa quête perpétuelle des challenges. Désormais, il veut laisser une empreinte tangible pour les générations futures.

Pour ce faire, l’infatigable octogénaire s’est lancé dans la construction de la “Tour Mohammed VI”, qui sera la plus haute d’Afrique. 
Sur les rives du Bouregreg, le rêve de la postérité est en marche…