Qu’est-ce qu’un modèle de développement (Par Abdeslam Seddiki)

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Alors que la commission spécialisée du modèle de développement (CSMD) est à l’œuvre après avoir arrêté la méthode de travail et adopté une charte éthique, nous estimons qu’il serait utile de verser au débat, dans un premier temps, quelques éléments relatifs justement à la méthodologie.

Il convient de préciser tout d’abord les éléments du débat pour savoir ce qu’on entend par « modèle de développement ».  En effet, un modèle, en général, est un exemplaire à suivre du fait de sa perfection. Il concerne à la fois les êtres humains et les choses. Le dictionnaire Larousse nous donne plusieurs exemples à cet égard pour ceux qui veulent en savoir davantage. Un modèle est également un schéma théorique d’un système ou d’une réalité complexe. Par extension, « un modèle de développement est un schéma à suivre afin de promouvoir le progrès d’un peuple. Il s’agit d’un cadre de référence pour ceux à qui il appartient d’élaborer les politiques publiques d’un pays » (PNUD).

 Il est clair qu’il ne s’agit nullement d’élaborer ni un projet de société (sur lequel il est difficile de dégager un consensus), ni encore moins un plan d’action ou de rentrer dans les détails à travers un catalogue de mesures. Il s’agit de tracer la voie à suivre pour mener le pays vers le progrès social et améliorer le sort de la population.  C’est exactement comme un voyageur qui se trouve à la croisée des chemins et ne sait plus quel chemin il doit emprunter pour se rendre au bon endroit. Le modèle de développement donne justement les signaux et les informations nécessaires qui aideraient les politiques et les décideurs à prendre les bonnes décisions en mettant en œuvre des politiques publiques judicieuses, tenant compte de l’étape historique et des ressources disponibles et potentielles.

Rappelons que le Maroc a testé depuis l’indépendance plusieurs modèles de développement, ou plus exactement « modèles de croissance ». Ainsi a-t-il opté successivement pour un modèle d’import-substitution  durant les deux premières décennies qui ont suivi l’indépendance, puis un modèle d’ajustement sous l’effet de la crise de l’endettement (années 80) comme tremplin vers la mise en place d’un modèle axé sur l’exportation et l’ouverture de notre économie sur le marché mondial (adhésion au GATT en 1987 et à l’OMC en 1995).  Les trois modèles qui se sont succédé avaient cependant en commun leur filiation au libéralisme et leur pari sur le secteur privé.

A ce titre, il peut exister une multitude de modèles à tel point que chaque pays peut se targuer de disposer de son «propre modèle». Ne parle-t-on pas d'ailleurs de «modèle chinois», de «modèle français» de «modèle russe», de «modèle ivoirien» et que sais-je encore ? Ce qui revient à dire que nous devons mettre en place notre propre modèle de développement, celui qui convient le mieux à notre peuple, qui répond le plus à ses attentes légitimes, qui prend en considération nos spécificités culturelles et historiques, qui utilise au mieux les ressources disponibles et potentielles, qui cimente notre unité nationale et notre sentiment d'appartenance à cette maison commune qu'est la patrie

Partant de ces considérations, nous sommes donc appelés à répondre aux questions fondamentales suivantes : Quelle (s) finalité(s) du processus de développement et quelle place accorder au citoyen marocain ? Quels rôles pour les différents acteurs : Etat, secteur privé, société civile ? Quel système de production, quelles priorités sectorielles et quel type d'organisation du travail ? Quel mode de régulation et quelles formes de gouvernance à mettre en place ? Comment intégrer les facteurs non-économiques (culture, valeurs nationales,…) dans le développement ? Quelle articulation entre démocratie et développement ? Quelles formes d'intégration dans le système mondial et la nouvelle division internationale du travail?

Il faut reconnaitre que de telles questions n’ont jamais été posées et débattues auparavant,  du moins publiquement. On se contentait de ce qu’on faisait et on croyait être sur la bonne voie car il y avait une confusion entre « croissance » et « développement ». Il a fallu attendre les publications du PNUD sur le développement humain et notre classement au bas du tableau pour que les décideurs se  rendent compte, enfin, d’une réalité amère que ce choix n’a fait qu’aggraver la fracture sociale et territoriale et, in fine, réduire les possibilités de la croissance. Certes, on a essayé de rectifier le tir en introduisant des doses homéopathiques du social. Mais tant que les choix fondamentaux n’ont pas été remis en cause et tant que des ruptures n’ont pas été volontairement opérées, les mêmes causes produiront toujours  les mêmes effets. Au final, les moyens déployés dans le social ont été disproportionnés par rapport aux résultats concrets obtenus sur le terrain. La cause principale de ce dysfonctionnement réside justement dans le fait que le social ne faisait pas partie intégrante du modèle. Il y est rattaché en « pièce jointe » pour ainsi dire.

Les réponses consensuelles à ces questions fondamentales constitueront le socle du «nouveau modèle de développement » dans ses multiples dimensions : politique, économique, sociale, culturelle voire écologique, et la quintessence d'un nouveau compromis historique qui soit en phase avec l'esprit de la constitution 2011. Pour ce qui relève des politiques publiques et des programmes gouvernementaux,  la compétition demeurera ouverte entre les principaux acteurs et les forces politiques. Les règles du jeu seront désormais claires et acceptées par tous. Que le meilleur gagne ! En dernière instance c'est le pays dans son ensemble qui gagnera. C'est la démocratie qui s'en sortira renforcée. Les citoyens renoueront avec la confiance dans leur pays.