Afrique du Sud : Une feuille de route pour l’avenir ou de simples anciens rêves recyclés

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Par Abdelghani AOUIFIA* - Johannesburg - Reconduit à la tête du pays suite à la victoire du Congrès national africain (ANC) lors des élections générales de mai dernier, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a dévoilé, jeudi-soir, sa feuille de route pour les cinq années à venir.

Dans ce discours, prononcé devant le parlement, basé au Cap (sud du pays), Ramaphosa s’est voulu à la fois rassurant et réaliste, reconnaissant les défis que l’Afrique du Sud doit relever pour sortir de sa crise économique qui dure depuis 2012.

«Notre économie ne se développe pas. Pas assez d’emplois sont créés. C’est l’inquiétude qui dépasse toutes les inquiétudes. Cette situation inquiète tout le monde», a dit Ramaphosa, dont les propos rappellent la situation de morosité qui frappe un pays au point mort.

L’Afrique du Sud n’a pas pu renouer avec la croissance des années fastes qui ont suivi la fin du régime de l’apartheid en 1994. Depuis 2012, le pays s’est inscrit dans un ralentissement économique qui sape les rêves de juguler les énormes déficits sociaux dont souffre le pays, notamment un chômage qui frappe près de 28 pc de la population active, selon les chiffres officiels.

Des chiffres publiés récemment par l’agence officielle des statistiques ont montré que l’économie sud-africaine a reculé de 3,2 pc au premier trimestre de 2019, marquant la plus forte contraction depuis la crise économique et financière mondiale de 2008/2009.

La situation devra s’empirer, si l’on croit les analyses internationales. Certains rapports prévoient une chute du pays dans la récession cette année.

Pour sortir de cette crise, Ramaphosa propose un train de mesures, promettant, dans la foulée, la création de deux millions d’emplois pour les millions de jeunes sud-africains.

D’après lui, le chômage frappe plus de 51 pc des jeunes de cette nation arc-en-ciel toujours incapable d’offrir à sa population la prospérité et surtout la justice sociale promises par ses pères fondateurs.

D’autres mesures sont prescrites par Ramaphosa dont un recentrage du Plan national de développement, une stratégie élaborée en 2012 par l’ANC pour résorber les déficits hérités de l’ère de l’apartheid notamment le chômage, la pauvreté et les inégalités sociales.

Dans ce contexte, il a annoncé sept priorités que son gouvernement tentera de réaliser dans les prochaines années, dont la transformation économique, la création d’emplois et la réforme d’un secteur de l’éducation très défaillant et pénalisant pour la majorité noire démunie.

Le rêve d’une Afrique du Sud libérée de ses démons,

La situation de la compagnie nationale d’électricité (ESKOM), qui traverse une profonde crise financière avec une lourde facture pour l’économie, occupe une place centrale dans la feuille de route de Ramaphosa.

La compagnie est la source de graves préoccupations, a-t-il dit, annonçant un plan de sauvetage de l’ordre de 230 milliards de rands (1 dollar US = environ 14,50 rands) au profit de la compagnie sur les 10 années à venir.

Il s’agit d’une solution qui s’impose, a souligné Ramaphosa, relevant que ESKOM joue un rôle vital pour l’économie sud-africaine.
ESKOM, dont la dette s’élève à plus de 30 milliards de dollars, a mis en œuvre depuis mars dernier des opérations de coupure du courant à travers le pays, sapant ce qui reste de la confiance des investisseurs.

Ramaphosa a consacré une bonne partie de son discours à son rêve d’une Afrique du Sud libérée de ses démons, une Afrique du Sud capable de se transformer en une société de développement et d’innovation.

«Il s’agit d’un rêve que nous pouvons tous partager et participer à sa réalisation», a-t-il dit, promettant, dans le sillage, de construire la première ville intelligente de l’Afrique du Sud postapartheid, une ville avec des grattes ciels, des écoles, des universités, des hôpitaux et des usines.

Cependant, ce rêve se heurte à une réalité aussi amère que têtue, estiment les analystes, rappelant les chiffres qui illustrent les énormes difficultés que l’Afrique du Sud actuelle traine depuis plus de deux décennies.

En premier lieu, le pays de l’icône Nelson Mandela fait face à une situation sociale pour le moins explosive, avec des disparités sans cesse grandissantes, une pauvreté rampante et un chômage qui défie les rêves des Sud-Africains d’une véritable émancipation sociale et économique.

Ramaphosa a, lui-même, reconnu récemment que le chômage représente «une honte pour la conscience nationale». Les chiffres de l’agence officielle des statistiques ne démentent pas une telle conclusion.

D’après l’agence, le chômage s’installe à 55,2 pc des jeunes âgés de 15 à 24 ans, faisant de cette catégorie la classe la plus vulnérable sur un marché de l’emploi à bout de souffle. Dans la catégorie des 25 à 34 ans, 34,2 pc sont sans emploi, toujours selon l’agence gouvernementale.

Face à cette situation, la promesse de créer deux millions d’emplois sur les 10 prochaines années paraît pour le moins insuffisante.
L’opposition sud-africaine n’est pas restée indifférente au discours du président. «Nous avons assisté à une formulation de rêves et de promesses sans aucun plan concret pour encourager les investissements et stimuler la croissance», indique Mmusi Maimane, chef du parti de l’Alliance démocratique, principale formation d’opposition.

Même son de cloche chez Julius Malema, chef du deuxième parti d’opposition, l’Economic Freedom Fighters (EFF), qui a estimé que Ramaphosa «n’a rien offert d’important dans son discours».

«Le temps de rêver est révolu. Nous avons besoin d’un président éveillé, et non d’un président rêveur», a lancé cet ancien leader de la jeunesse de l’ANC qui a fondé l’EFF en 2012.

*MAP