Algérie 2019 : La dialectique crise politique-crise économique

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Alger - En pleine crise politique, l'Algérie ne se portait pas mieux sur le plan économique durant l’année qui s’achève.

En attestent, d’ailleurs, la détérioration des principaux indicateurs macroéconomiques, avec une inflation qui ne cesse de s’envoler faisant augmenter d’une façon vertigineuse le coût de la vie, une monnaie nationale dont la valeur en chute libre, alors que les données chiffrées de l’exécution du budget de l’Etat durant les trois premiers mois de l’année, font ressortir, sans surprise, le maintien du déficit budgétaire à des niveaux élevés, à près de 1000 milliards de dinars ( 1 euro = 133 dinars).

De l’avis même du Fonds Monétaire International (FMI), l’inflation a connu encore cette année un rebond à 5,6% et sera portée à 6,7% en 2020, alors que le déficit du compte courant a augmenté à -12,5% du PIB contre -9,1% en 2018 et devrait représenter -9,3% du PIB en 2020. Quant au taux de chômage, qui est de 12,6% en 2019, il devrait progresser à 13,7% en 2020.

D’aucuns mettent en gardent, en effet, que dans trois ans, l’Algérie basculera dans le chaos économique si des réformes structurelles de grande envergure ne sont pas engagées dès maintenant et sans plus tarder.

Un constat alarmant que partagent les observateurs qui, en tirant la sonnette d’alarme sur l’absence d’un nouveau modèle de croissance et l’épuisement des réserves de change, pointent le doigt sur la persistance du réflexe dépensier des pouvoirs publics.

Ils ont déploré le fait que 1400 milliards de revenus du pétrole se soient engloutis sans que le pays ne sorte de son marasme économique, même si, ils le reconnaissent, cette manne financière tirée du Trésor public a servi également à calmer quelque peu le front social à travers une politique de subventions généreuse des produits et des services.

Le professeur en économie Mohamed Cherif Benmihoub dira à ce propos que l’Algérie est acculée d’entreprendre de vraies réformes, afin d’éviter de tomber dans un scénario à la vénézuélienne.

S’exprimant sur les ondes d’une Chaîne de radio sur l’état de l’économie algérienne, l’invité estime que la situation est réellement préoccupante, d’autant plus que le pays souffre de trois déficits cumulés : Le déficit budgétaire, le déficit du Trésor et celui de la balance commerciale.

L’économiste Youcef Bouabdallah estime, de son côté, qu’il y a une véritable urgence d’aller vers des réformes qui doivent faire l’objet d’un consensus de l’ensemble des acteurs de la société.

"Jusque-là, le consensus qui a été obtenu avec facilité a été le consensus rentier, grâce à la large distribution de la rente pétrolière", a-t-il expliqué.

Force est de constater qu’il a fallu la crise de 2014, suite à la chute des prix du pétrole sur les marchés mondiaux, et le recul des recettes tirées de la vente des hydrocarbures qui s’en est suivi pour que toute la machine économique du pays soit grippée. 

Le dilemme algérien : Importe davantage, ne produit pas assez et investit peu

L’Algérie devient alors otage des politiques de fixation des prix des hydrocarbures dans les grandes capitales occidentales et arabes.

Relevant une dépendance de plus en plus accrue aux hydrocarbures, malgré les appels à la diversification de l’économie, les analystes constatent que l’Algérie est fragilisée par un tarissement progressif de sa production et de ses réserves et une forte consommation interne en produits pétroliers.

Toute la paralysie du pays vient donc de cette contradiction : Il importe davantage, alors que la production ne suit pas et il investit peu au moment où les citoyens consomment plus avec chaque année un million d’Algériens qui s’ajoutent à la population.

Un constat que partage le ministre de l’Énergie qui a, lui-même, reconnu, tout récemment, que 60% des réserves en hydrocarbures du pays ont été épuisées.

Réagissant à l’annonce de la baisse du niveau des réserves de change à près de 70 milliards de dollars, les économistes estiment qu’il faut s’en inquiéter, car, soutiennent-ils, il ne s’agit pas seulement d’un niveau de stock, mais de l’évolution de ce stock. Ils avancent à ce propos que les 70 milliards de dollars disponibles aujourd’hui ne peuvent couvrir que trois années du commerce extérieur du pays. En effet, le ministère des Finances avait annoncé, en juillet dernier, que les réserves de change du pays avaient reculé à 72,6 milliards de dollars à fin avril dernier.

Si aucune explication officielle n’a été apportée à cette fonte rapide des réserves internationales en devises, les observateurs s’accordent à dire qu’à ce rythme, elles pourraient se réduire de près de 22 milliards sur l’ensemble de l’année et passer largement sous la barre des 60 milliards de dollars à fin 2019, d’autant plus que les prix du pétrole sont orientés à la baisse.

Même le FMI est de cet avis, en estimant en juin dernier que l’Algérie avait besoin, en maintenant les mêmes niveaux de production, d’un baril de pétrole à 116 dollars pour équilibrer son budget. Or, au vu des données et prévisions actuelles, ce chiffre relève plus de la chimère que de l’objectif à portée de main.

Pire encore, pour de nombreux économistes, la préoccupation essentielle est dans la structure même de l’économie algérienne et surtout dans la balance des services qui représente chaque année un déficit entre 12 et 13 milliards de dollars.

De sérieuses difficultés économiques marquées par un déséquilibre de la balance des paiements, qui ont contraint le gouvernement algérien de recourir à l’emprunt extérieur pour "financer des projets économiques ciblés", après la courte expérience de la planche à billets, qui fût une "dernière cartouche" pour tenter de contenir les déficits.

Il va sans dire qu’à moins d’une miraculeuse relance immédiate de la dynamique économique, chose pour le moment improbable tant que l’Algérie n’aura pas retrouvé toute sa stabilité politique, le pays continuera à pâtir d’une crise économique aiguë.


* MAP