Algérie : La présidentielle du 4 juillet annulée

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Le Conseil constitutionnel a proclamé dimanche 2 juin l'impossibilité de tenir l'élection présidentielle à la date du 4 juillet prochain, aucun dossier de candidature n'ayant été validé, et s'est prononcé pour sa réorganisation à une date ultérieure, devant être fixée par le chef de l'Etat, Abdelkader Bensalah, à qui il revient de convoquer à  nouveau le corps électoral. L’information est rapportée par l’Agence de presse algérienne APS.

Réuni pour délibération ces derniers jours, le Conseil constitutionnel s'est prononcé par décision du 1er juin 2019 pour le rejet des dossiers de deux postulants à la candidature, inconnus du public, ayant déposé des  dossiers auprès de lui, et conclu à l'impossibilité d'organiser l'élection présidentielle à la date prévue. 

Selon le ministère de l'Intérieur algérien, 77 lettres d'intention de se porter candidat à l'élection présidentielle avaient été déposées, parmi lesquelles  celles de 3 de chefs de parti politique. Les responsables de deux  formations, l'Alliance nationale républicaine (ANR) et le Front El Moustakbal (FM), avaient ensuite annoncé le gel de leur participation,  estimant que les conditions pour le déroulement de l'élection n'étaient pas  réunies.

Le Conseil constitutionnel, dont la mission consiste à veiller au respect  de la Constitution, a souligné dans un communiqué qu'il revient au chef de  l'Etat de "convoquer de nouveau le corps électoral et de parachever le  processus électoral jusqu'à l'élection du président de la République et la prestation de serment constitutionnel".  Le rejet des deux dossiers de candidature en question pour non-conformité  aux exigences de la loi, n'est pas l'unique motif qui sous-tend la décision  du Conseil constitutionnel, qui invoque le "préalable" de réunir les  conditions adéquates à la tenue de la présidentielle, soit "la transparence  et la neutralité". 

L'institution note à cet effet que, dès lors, que la "mission essentielle dévolue à celui investi de la charge de chef de l’Etat est d'organiser  l'élection du président de la République, il y a lieu de réunir les conditions adéquates pour l’organisation de cette élection dans la  transparence et la neutralité en vue de préserver les institutions  constitutionnelles qui concourent à la réalisation des aspirations du  peuple souverain". 

Dans les attendus de sa décision, le Conseil constitutionnel se réfère au préambule de la Constitution qui prévoit en son 12ème paragraphe que "la Constitution est au-dessus de tous, elle est la loi fondamentale qui garantit les droits et libertés individuels et collectifs, protège la règle  du libre choix du peuple, confère la légitimité à l'exercice des pouvoirs, et consacre l'alternance démocratique par la voie d'élections libres et régulières". Il se réfère également à plusieurs articles de la Constitution, en premier l'article 7 qui stipule que "le peuple est la source de tout pouvoir" et  que "la souveraineté nationale appartient exclusivement au peuple". 

Il mentionne l'article 8 qui dispose que "le pouvoir constituant  appartient au peuple" qui "exerce sa souveraineté par l'intermédiaire des  institutions qu'il se donne" et qui l'exerce aussi par voie de référendum  et par l'intermédiaire de ses représentants élus", le président de la  République pouvant "directement recourir à l'expression de la volonté du  peuple". 

La décision du Conseil constitutionnel s'appuie, de même, sur l'article 102 de la Constitution traitant, notamment, à la procédure liée à la  constatation de la vacance définitive de la présidence de la République et  qui prévoit que "le président du Conseil de la Nation assume la charge de  chef de l'Etat pour une durée de 90 jours au maximum, au cours de laquelle  des élections présidentielles sont organisées".

Le Conseil constitutionnel cite, par ailleurs, l'article 182, définissant ses prérogatives, à savoir, notamment, qu'il est "une institution  indépendante chargée de veiller au respect de la Constitution" et "veille,  en outre, à la régularité des opérations de référendum, d'élection du  président de la République et d'élections législatives".  Il fait, également, référence à l'article 193 relatif à la surveillance  des élections. "Les pouvoirs publics en charge de l'organisation des  élections sont tenus de les entourer de transparence et d'impartialité. A ce titre, la liste électorale est mise à chaque élection, à la disposition  des candidats. La loi organique relative au régime électoral précise les modalités d'application de cette disposition", stipule cet article. 

Des experts en droit constitutionnel ont indiqué à l'APS que dans le cas  de l'impossibilité d'organiser l'élection présidentielle à la date du 4 juillet, en l'absence de candidats, la Constitution permet au chef de  l'Etat de convoquer, de nouveau, le corps électoral et de fixer une  nouvelle date à l'élection présidentielle". Ces experts ont appelé à trouver d'autres solutions inspirées de la Constitution et à prendre des "mesures politiques supplémentaires" pour  dépasser cette phase et à engager des consultations pour mettre en œuvre  les articles 7 et 8 de la Loi fondamentale, "fondées sur la volonté et  souveraineté populaires".