Algérie : Louisa Hanoune ou l’opposition dans le collimateur de l’armée

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La détention de Louisa Hanoune n’est qu’un message que les destinataires ont reçu cinq sur cinq. L’armée semble déplacer le curseur pour l’écarter des hommes du régime et le placer sur les opposants, craignent rééditent la manœuvre de 1988 après les émeutes du 5 octobre en procédant au détournement du mouvement pour faire perdurer le système

C’est une journée test qui a commencé ce vendredi 10 mai en Algérie, après l’arrestation de trois pontes du régime algérien, Mohamed Médiene, Athmane Tartag, anciens patrons des services de sécurité et de renseignement, et de Saïd Bouteflika, conseiller de son frère. Elle va permettre de vérifier l’impact de ces arrestations sur la détermination des manifestants.

A ces arrestations qui avaient touché auparavant des hommes d’affaires proches du clan Bouteflika, Ali Haddad et les frères Kouninef, le haut commandement de l’armée vient d’adjoindre une figure politique, Louisa Hanoune, secrétaire général du Parti des Travailleurs, qui s’est rendue sereine et confiante au tribunal. Trotskiste qui a marqué de son activisme l’extrême gauche algérienne, elle est soupçonnée d’avoir été en contact avec le frère du président déchu pour échanger sur le cinquième mandat et son projet de transition, entretiens qui auraient eu lieu, selon un de ses proches, en décembre 2018, soit plus de deux mois avant le début de la contestation.  

Le placement de Louisa Hanoune sous mandat de dépôt décidé par le tribunal militaire de Blida, a été dénoncé par la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) qui y voit un acte ouvrant la voie à « tous les scénarios et à toutes les dérives ». Pour son parti, le PT, la mise en détention préventive de leur chef de file est une « dérive gravissime » estimant que « Louisa Hanoune [a été arrêtée] pour ses positions politiques. »

Le nouvel épisode laisse les observateurs d’autant plus perplexes qu’il intervient dans la suite d’un éditorial et d’un article de la revue El Djeich de l’Armée algérienne fort menaçant à l’égard de ceux qu’ils désignent comme « une poignée de comploteurs. » A rappeler qu’il y a six jours Louisa Hanoune s’en est pris frontalement au chef d ‘état-major de l’armée, Ahmed Gaid Salah, qu’elle a accusé de s’ingérer de manière «manifeste» dans les affaires politiques alors qu’il «prétend respecter la Constitution». Lors de cette conférence de presse tenue samedi 4 mai, Hanoune, a déclaré : «Il faut le dire clairement, il y a une violation de la Constitution par le vice-ministre de la Défense», ajoutant que le régime est en train faire «peu cas de la loi fondamentale alors même qu’il nous demande de la respecter».

Le modus operandi de Gaïd Salah dans cette opération est le même qu’il a suivi avec le général Mohamed Médiene alias Toufik. Il avait commencé par parler de « forces extraconstitutionnelles », avant de lui adresser nommément un ultimatum puis enfin de l’arrêter en compagnie de ses deux présumés complices.  

Dans l’éditorial de la revue El Djeich du mois de mai, l’armée n’a pas livré de noms. Mais elle a mis à l’index ceux qui voudraient voir perdurer la crise « en rejetant toutes les solutions disponibles et possibles [celles proposées par Gaïd Salah NDLR], à même de permettre à notre pays de surmonter cette épreuve, et donc de couper la route aux aventuristes qui concoctent des plans et projettent de les exécuter à tous les échelons, dans le but d’entraîner le pays vers l’anarchie et le chaos »

L’article intitulé « L’Algérie est entre des mains sûres » [celles de l’armée NDLR] est un peu plus clair. Il dénonce ceux qui surfent sur la vague du Hirak et revendiquent « une démocratie taillée à la mesure de leurs ambitions qui les ferait parvenir au sommet du pouvoir sans passer par la sanction des urnes ». « Étrange est le cas de certains politiciens, analystes et mêmes journalistes, ajoute-t-il, qui accusent ceux qui ne partagent pas leur avis des criminels et des traîtres, tout en tressant des lauriers à ceux qui se rangent à leur politique et à leurs idées ».

Par ces accusations dont l’évitement des noms ne réussit pas à dissimuler les destinataires, l’armée semble déplacer le curseur pour l’écarter des hommes du régime et le placer sur les opposants qui craignent que l’armée rééditent la manœuvre de 1988 après les émeutes du 5 octobre en procédant au détournement du mouvement pour faire perdurer le système dont les Algériens demandent le démantèlement.