Algérie : Une prière collective pour empêcher la tenue d’un festival

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Le festival national de la chanson raï de Sidi Bel Abbès, ville algérienne située au nord-ouest du pays, prévu du 1er au 4 août dernier, a fait l’objet d’une vague de protestation. Des dizaines de personnes se sont, en effet, regroupés pour manifester contre sa tenue

Quelques jours avant la tenue du festival, une page Facebook non officielle appelée « Wilaya de Sidi Bel Abbès », a entamé la publication de messages hostiles à l’organisation de ce festival qualifié de « festival de la honte ». Le site Maghreb émergent a affirmé que plusieurs pages connues pour leur tendance islamiste ont relayé les publications dénonçant l’organisation de ce festival.

Pour les instigateurs, il s’agit là d’un gaspillage surtout avec les conjonctures socio-économiques actuellement difficiles en Algérie.

Aussi, ont-ils décidé d’organiser une prière collective avant de se diriger devant la salle prévue pour accueillir les concerts. Selon certaines sources, plusieurs des meneurs de cette protestation ont été arrêtés par la police et conduits au commissariat.

Mais malgré la manifestation, les protestataires se sont dispersés aux alentours de 22h et les portes de la maison de la culture se sont ouvertes pour laisser place au gala d’inauguration du festival.

Un jeune manifestant, dont les propos ont été rapportés par TSA Algérie, s’est indigné : « quand on sera développé comme une ville européenne, peut être que ce jour là, on envisagera ce genre de choses. Aujourd’hui, on le refuse, ce n’est pas la peine d’y penser. Quand le citoyen  algérien sera respecté, se soignera dans un bon hôpital, étudiera à l’université, aura des commodités, ce jour là on pensera à ça…ils veulent nous divertir ».

Par ailleurs, ce genre de protestations contre un événement culturel n’est pas nouveau en Algérie. Le 27 juillet dernier, à Ouargla, le concert de « Kader le Japonais » qui devait ouvrir le festival culturel international de Timgad a été annulé à cause de manifestations.

Là également, les populations évoquaient le chômage et les mauvaises conditions de vie pour justifier la manifestation. Ils ont aussi organisé une prière aux alentours du théâtre de la ville pour empêcher la tenue du concert.

Mais le ministre de la culture algérien, Azzedine Mihoubi, a présenté ces faits comme un  « acte isolé » et affirmé qu’il est « déraisonnable » qu’un « groupe prive le reste des Algériens » des activités culturelles. Il a également ajouté que les autorités « rejettent les rumeurs selon lesquelles les citoyens sont réticents aux festivals culturels et artistiques ».

Le ministre a aussi révélé que le budget des festivités culturelles qui ont marqué la scène culturelle en Algérie en 2018 n’a pas dépassé les 430 millions de dinars. Une façon de répondre aux protestataires qui ont parlé de « gaspillage ».

De son côté, le vice-président de la Ligue Algérienne des Droits de l’Homme, Said Salhi, a déclaré à Telquel  que « opposer la culture aux droits économiques, c’est une dérive très grave. Comme cette façon d’instrumentaliser la religion pour s’opposer aux activités culturelles et artistiques. Cette forme de manifestation nous fait peur car pose problème au vivre ensemble. Les gens doivent respecter tous les droits, religieux comme culturels ».